Samedi 5 mai 2007 6 05 /05 /Mai /2007 08:14
Samedi 5 mai 2007
J – 1 ! C’est visible. Plus les gens sont engagés à gauche, plus ils sont tendus à l’approche de la finale. Car ce n’est pas un match qui se gagne un dimanche et qu’on fête mais un ticket pour 5 ans donné à une personne qui aura en charge tout un pays, le nôtre. Pour ma part, je n’ai pas été de ceux qui ont été emballés par le choix de Ségolène Royal. Pas plus de ceux qui ont voulu diaboliser Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas Hitler !

Néanmoins, en les écoutant tous les deux, j’ai peur d’une victoire possible de Sarko. Il incarne les valeurs d’une droite radicale très dure. Tous ces mots, toutes ses propositions sont pour l’ordre, la mise au pas, le respect des supérieurs, la sécurité pour ceux qui se feront les moutons dociles de cet étonnant berger. Ses mesures : le service minimum, les heures sup, la dénonciation des assistés (on montre du doigts ce qui abusent de la solidarité). L’injustice à réparer, selon lui, doit s’attaquer aux plus petits, aux plus pauvres au profit des gagnants, des PME, de ceux qui y croient, des blancs.

Son modèle éducatif n’est que la reproduction d’une vieille carte postale où les élèves en blouse sont en rangs par deux avec au centre un maître respecté et puissant. C’est ça, il veut incarner ce maître et nous transformer en élèves soumis à qui il délivrera ses punitions, ses bons points et une image pour 10 bons points (la sienne). C’est nostalgique, ça nous ramène à l'enfance idéale racontée par nos parents ou grand-parents dans laquelle les élèves vont construire leur vie future à travers des règles strictes. C’est douillet, ça sent la craie, la poussière, le vieux papier, le poële à bois.

Pour ce qui est des enfants, il a raison. L’éducation « laisser-faire » fait des désastres dans la construction de la personnalité qui a besoin de repères, de valeurs pour se construire. Tout le monde le sait ou l’a éprouvé dans l’éducation de ses propres enfants. Mais ceux qui votent sont des adultes, des êtres pensants, capables de faire des choix, porteurs de valeurs, de convictions et qui n’attendent pas d’un Président de la République qu’il soit leur maître mais celui qui sera le plus à même de prendre les responsabilités pour la mise en œuvre d’une politique juste, selon les valeurs qui sont celles du plus grand nombre.

Chacun de nous est responsable et maître de sa destinée et de celle de la collectivité. Quand je suis témoin d’une agression, d’une incivilité, je peux espérer que la police fasse son travail mais j’ai ma propre responsabilité. Je dois dire et agir sans attendre car je suis responsable. Quand des situations injustes naissent, j’ai envie de les dénoncer, d’agir pour qu’elles cessent, de m’engager pour qu’elles changent car je ne suis pas un enfant qui attend tout d’un maître tout puissant.

Non, décidément, je ne partage pas les valeurs de celui qui se présente comme un sauveur, un papa qui veille à la protection de ses poussins. A l’école, la plus constructive année scolaire a été celle que j'ai passée avec un instit Freinet (pédagogie qui autonomise et responsabilise l’enfant). C’est pas à 48 ans que je vais revivre les pires !

Paradoxalement, ce n’est pas les côtés diabolisés de petit Napoléon excité qui me font peur chez lui mais sa volonté d’être rassurant et les méthodes qu’il propose en toute sérénité.

Certes, dans ce qu’elle donne à voir, Ségolène ne me fait pas rêver (en même temps, elle ne m’a pas demandé en mariage) mais les idées qu’elle défend sont proches des miennes. Il n’y a aucun doute. C’est donc sans état d’âme que je voterai pour elle.

Si Sarkosy gagnait, ce serait pour moi le départ d’un vrai et profond cauchemar. Mais quand le visage de Ségolène va se dessiner, demain soir à 20h00, je vais pousser un grand ouf et aller faire la fête. Qu'il en soit ainsi...
Par Bernard Blancan - Publié dans : blancan
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