Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /Mars /2007 12:01
On voudrait trop résumer 2002 à la surprise de Le Pen. Mais 2002, c’est aussi la désertion de Jospin (j’avais voté PS au premier tour pour la première fois) et le hold-up de Chirac qui fait comme s’il n’avait pas été élu aussi par l’électorat de gauche. Il nous a imposé la pire politique de droite que nous ayons connue (Raffarin). Quelle escroquerie ! Quel déni de démocratie ! Il est là le vrai traumatisme.

Quelle a été la réaction de la gauche ? De la presse ? Rien. L’épouvantail Le Pen a tout balayé. Idéaux. Opposition. Pendant ce temps, la droite a déployé les mesures les plus injustes dans le silence général.

Le non à l’Europe était pour ma part la réaction viscérale de quelqu’un abusé par une démocratie qui ne le représente plus. L’Europe, elle se fera, elle se fait mais, à ce moment là, je ne me sens plus représenté par ceux qui demandent ma voix. Tout bêtement. Les analyses de la presse de l’époque sont totalement à côté de la plaque. Le PS appelle à voter oui comme si de rien n’était.

Je vous assure qu’on se sent seul dans ces circonstances ! On a envie de lâcher les journaux, de casser radio et télé tant on a l’impression de ne pas vivre dans le même monde que celui de ceux qui ont le pouvoir.

Depuis 2002, mes ennemis sont Chirac le salaud, Sarkosi le dangereux ambitieux mais aussi Jospin qui n’a pas eu l’humilité de reconnaître son erreur lors de l’université d’été du PS 2006. Et la presse dans son ensemble. Les média complices ou aveugles (ce n’est pas une formule toute faite).

Ajoutons à cela l’impression que les priorités nationales ne sont plus dictées par nos élus mais par l’audimat des grandes chaînes. On a vu la revalorisation des pensions après Indigènes (je suis bien placé pour en parler) et les Enfants de Don Quichotte. Ainsi, Sarkosi construit sa campagne sur une surmédiatisation.

Que font les militants PS ? Ils lui emboîtent le pas en désignant sans conviction visible la candidate qui a le plus de chances de l’emporter, non pas sur des valeurs idéologiques mais sur une question de look. Elle est jolie et rassurante dans ses tailleurs bourgeois. Elle devrait gagner des parts de marché… Le concours de démagogie est lancé !

C’est quoi cette démocratie ? Qui nous représente, nous, les trahis, les jouets de Chirac, des journalistes et autres esclaves de l’audimat ? La gauche anti-libérale qui n'a pas été foutue de se fédérer ? Les verts en guerre civile ? Aujourd’hui, personne ! Et pourtant, il faudra voter. Hé hé hé…

Il me semble que ce point de vue (qui n'est sans doute pas que le mien) peut concourir à éclairer le nombre impressionnant d'indécis (et même le phénomène Bayrou) : 2002, Chirac, les médias, le sentiment de n'être plus représenté à gauche.
Par Bernard Blancan - Publié dans : blancan
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