Dimanche 28 janvier 2007
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Dimanche 28 janvier 2007
L’intervention à la Sorbonne fût un joli clin d’œil. Merci Danièle ! Merci Bernard (pas moi) ! Amphi Richelieu, s’il vous plait ! Il flotte comme un parfum d’église. Les voix résonnent. 68... Parfait pour une mythologie estudiantine romantique. Un temple dédié au savoir et à la liberté.
Raconter mon parcours scolaire sinueux et chaotique à un parterre de conseillers d’orientation, entre Cannes et Hollywood, c’est comme montrer Indigènes à l’adjudant de mon service militaire. Une petite traversée temporelle réjouissante et valorisante. Le départ n’est pas glorieux, le personnage se bat, fait des choix parfois malheureux et finit victorieux. De ces histoires héroïques qu’on aime entendre puisqu’elles nous donnent l’espoir de notre propre rédemption.
On sait bien, au fond, qu’une grande part de ces « réussites » revient au hasard des rencontres et à la chance. Comme ils nous échappent, il est plus rassurant de prêter toutes les vertus à nos « héros ».
Vous venez de lire un grand moment d’humilité.
Le fameux parcours (à la demande de Claire).
Scolarité primaire laborieuse jusqu’à ce que je tombe sur un instit Freinet. Une révélation : la pédagogie concrète et intuitive qui rend autonome !
Le collège, c’est la cata. Je passe mon temps à faire rire mes camarades, je joue « il était une fois dans l’ouest » en cours de math, je passe en conseil de discipline. Mais pas dans la catégorie héros rebelle. Non, juste le médiocre. Résultat, au moment de l’orientation, le directeur dit à ma mère : ce n’est ni un intellectuel, ni un manuel. Autant dire un bon à rien.
Le verdict est sans appel : BEP comptabilité. Pour moi qui joue de la guitare, porte des santiags, fais du théâtre avec les copines des jeunesses communistes, ça ressemble à rien, la comptabilité. C’est juste chiant.
Après le BEP, je fais des remplacements comme facteur (F-acteur). J’ai 18 ans. Mon avenir ne me plait pas tel qu’il m’a été dessiné. Je devance l’appel du service militaire et demande à partir outre-mer (acceptant même de faire six mois de rabe) avec l’idée de vivre ailleurs, loin, dans des lieux où je ne serai jamais aide-comptable.
Évidemment, au bout de trois jours, je constate que mon antimilitarisme vicéral sera un handicap. Il l’est. Je fais l’andouille et j’écope d’une mutation disciplinaire à Djibouti, au moment de l’indépendance. Impossible de savoir à l’époque que je fais un stage pour Indigènes !
Au retour de cette épreuve, je réussis à bosser dans une mutuelle. C’est pas mal payé, pas trop chiant, mes collègues sont des femmes. Ça pourrait aller. D’autant que je fais du théâtre amateur. Mais voilà, étant donné mon niveau d’études, je ne peux espérer de promotions qui me permettraient un épanouissement dans mon boulot. Le théâtre m’occupe de plus en plus.
Je fais le conservatoire en initiation (cours du soir), sans quitter le boulot.
Le théâtre me permet d’accéder à des textes, des auteurs, de la pensée, aux côtés de gens qui, eux, font ou ont fait des études. Je complexe, avec mon BEP. Il faut faire quelque chose !
A 24 ans, j’essaie de trouver un moyen de passer le BAC. Après une bonne cinquantaine d’auto-pieds-au-cul, je parviens à pousser les portes d’un C.I.O. On me dit que ça n’est pas possible. Heureusement, j’apprends par d’autres biais l’existence du CNED (enseignement à distance). Je m’y inscris.
Mais, miracle, j’apprends aussi qu’un IUT carrières sociales est ouvert aux non bacheliers et qu’un de mes metteurs en scène préférés y est prof de théâtre. Voilà ma voie ! Je réussis le concours et bénéficie même d’un des premiers congés-formation puisque j’ai travaillé plus de quatre ans (payé pendant les études).
Deux ans de bonheur ! C’est fou ce que l’on apprend quand on le décide. C’est là que je vais rencontrer Yves Caumon (ça me fait penser qu'il faut que j'arrête de... non, rien.) qui sera au départ de toute ma carrière cinématographique.
Après l’IUT, je joue dans mes premiers spectacles professionnels et je poursuis des études en Licence de l’ISIC (communication sociale) parce qu’il y a de l’audiovisuel. J’ai repris mon travail mutualiste à mi-temps. A cette époque, je réalise des films super 8 et je joue dans ceux de Caumon.
Je me retrouve dans un spectacle qu’un metteur en scène parisien vient monter à Bordeaux (Christian Colin) (ça me fait penser que je dois aller voir son spectacle à Chaillot (avec Isild Le Besco et Grégoire Colin), avant de repartir à Bordeaux!). Il me conseille de « monter » à Paris.
Je ne fais pas ce choix. Acteur à Bordeaux, ça ne me fait plus rêver. Paris, c’est trop loin. Une carrière dans ma mutuelle, je ne peux plus. Je passe le concours de l’IUFM. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être parce que ma mère est instit. Cette histoire de complexe ou de revanche… Et… je suis reçu. Pffff…
La suite, c’est un peu d’enseignement puis un retour assumé et choisi au théâtre. Des pièces à Bordeaux, des courts-métrages avec Caumon, puis Hélène Angel, puis, puis… des année et des années qui me feront débarquer à Paris en 2000 avec Peau d’homme cœur de bête dans mes actifs. Depuis 2004, vous avez tout !
Par Bernard Blancan
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Publié dans : blancan
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