Lundi 4 décembre 2006 1 04 /12 /Déc /2006 15:25

Lundi 4 décembre 2006

Et si on en parlait, des Césars ?! L’autre jour, un journaliste d’un site cinéma me dit qu’il allait prendre contact avec moi pour faire un portrait. Selon lui, je vais être nominé aux Césars dans la catégorie « meilleur second rôle ». Ce ne sont que des paroles en l’air, des suppositions qui n’engagent que lui. Et ces choses-là ne se disent pas. Mais bon.

Indigènes a vraisemblablement ses chances de figurer au tableau (un des films événement de 2006 avec 3 millions d’entrées). Pour ce qui est de ma nomination personnelle, c’est une autre paire de manches. Car pour me remarquer, il faut avoir vu le film. Or, les gens qui décident des nominations font pas forcément partie des (presque) 3 millions de spectateurs. Ce sont des gens du milieu (réalisateurs, producteurs, techniciens, acteurs, exploitants, journalistes…). Et l’autre soir, quelque chose m’a mis la puce à l’oreille…

Je dînais chez un réalisateur dont la fille voulait m’interviewer pour le journal de son collège. Il avait invité un autre ami à lui, réalisateur aussi. Nous étions cinq adultes à table et j’étais le seul à avoir vu le film ! L’argument avancé par l’ami réalisateur était qu’il le verrait avec les DVD des Césars. Je trouvais dommage qu’ils ne soient pas allés le voir au cinéma parce que c’est un film à grand spectacle qui mérite les effets d’un grand écran et d’un gros son. Mais pourquoi pas.

En questionnant un petit peu mon entourage, je me suis rendu compte que bon nombre de gens de la profession avaient aussi négligé de se déplacer au cinéma. On en a beaucoup parlé. On a vu beaucoup d’images. Il y a eu une forte médiatisation. Du coup, beaucoup se sont construit des a priori (film de guerre, coup médiatique, film revendicatif) qui ne les engageaient pas à se déplacer. C’était sans doute le cas d’Anne Hidalgo, l’autre soir, qui semblait étonnée par la qualité du film. Elle venait de le voir dans le cadre de ses obligations liées à sa fonction.

Pour mon malheur, alors que nous étions au Caire, le producteur à qui je relatais ce phénomène m’a dit : « Hé bien ils le verront pas en DVD ! On a refusé de jouer ce jeu. On a mis une place de cinéma pour deux personnes à la place. Ils peuvent quand même se bouger ! »

Ah oui ? Et il est dans combien de salles, maintenant ? Ils vont aller le voir où ? Combien seront-ils qui n’ont pas vu Indigènes et ne le verront pas à cause de l’absence de DVD ?

S’il n’y avait que les Césars, encore ! Après tout, ce genre de gloriole n’a qu’une valeur très relative et nous éloigne quelque peu des motivations premières de l’exercice de notre art.

Mais il y a tout simplement l’aspect boulot. Incidence toute idiote du phénomène que je décris : si les réalisateurs n’ont pas vu le film, ce ne sont pas les spectateurs qui vont me faire tourner dans les prochains ! Je suis bien placé pour savoir que, dans ce métier, ça fonctionne beaucoup avec le hasard et les concours de circonstances. Et là, je peux, sans trop abuser, affirmer que les circonstances m’auraient été plus favorables si le fameux DVD avait circulé (Je rappelle ce que j’ai déjà dit ici : mon prix d’interprétation collectif de Cannes ne vaut professionnellement que pour ceux qui ont vu le film. Sans ça, c’est presque un élément négatif.).

Mais vous avez raison, sages lecteurs brechtiens ! Tout cela n’a pas grande importance. Félicitons-nous plutôt de ce qui a été et de ce qui sera, le moment venu. Inutile de projeter ! Ce ne sont là qu’inquiétudes d’acteur. Ceux qui ne verront pas le film là, le verront à la télé ou sur un DVD loué l’an prochain.

Bon, allez, pour ceux qui s’intéressent aussi à mon intérieur : la cuisine est jaune provençal, le séjour, blanc, l’entrée vert olive (très joli bien que classique), la chambre orge et le petit meuble de la cuisine est toujours chez le marchand. Et C. a repoussé le dîner d’hier soir car elle avait mal à la tête.

Tiens, il y avait un petit article qui parlait de ce blog dans Sud-Ouest d’hier.

Pour ce qui est d’Internet, je peux encore me brosser pendant une semaine. Ceux qui attendent des mails devront patienter. Là, je ne fais que l’essentiel au cybermachin. 

Par Bernard Blancan - Publié dans : blancan
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