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Voilà justement le type d'écrit je veux éviter. C'est genre "je me prends au sérieux" un peu niais. Quand je fais un truc comme ça dans un article, je le laisse car c'est le jeu du journal. Si la lucidité éveille l'orgueil, j'efface. Bonne lecture!
Heu... si vous cherchez de l'intimité, de la vie privée, vous serez déçu.
Samedi 17 juin 2006
Hier soir, il y eut une fête à Montreuil. Parti dans les derniers. Pris le train pour Bordeaux. Départ à la première heure. Peu dormi. Trop peu. Demain, il y aura une fête à Bordeaux. Aujourd’hui, repos.
Premier changement depuis Cannes : je me sens à ma place (il était temps !). Heu… je ne parle pas de mon entrée au panthéon des palmés. C’est plus général.
Me sentir à ma place ne veut pas dire que je me prends pour un acteur exceptionnel. Non, non, simplement que je suis acteur. Un acteur qui n’a plus à devoir le prouver socialement, ou passer pour un mythomane (chez le banquier par exemple mais également en des tas de circonstances : famille, voisins…).
Jusqu’alors, dans le regard des autres, de ceux qui ne me connaissaient pas, il y avait souvent un brin de curiosité, une touche de compassion, une pincée de « c’est cela, oui… » et une bonne poignée de « dans quel film connu vous avez tourné ? ». Comment voulez-vous rester serein si vous n’êtes pas un sage ?!
Pour certains, j’étais un figurant qui aimerait devenir acteur, pour d’autres un de ces nombreux artistes qui auraient aimé « percer ». Bref, systématiquement situé à la marge ou ailleurs. Et souvent imaginé dans une vaine quête de reconnaissance. Dans le pire des cas, je me lançais dans des explications, « je ne fais pas ça pour être connu », voyant bien que les effets de celles-ci étaient rarement positifs. J’espérais qu’on admette qu’on puisse être acteur sans passer forcément chez Ardison ni faire la une de Paris Match…
Désormais, c’est clair : j’ai le diplôme ! Débancalisé, le Blancan ! C’est pas rien…
Après, l’histoire de ce prix, ça reste tout bonnement incroyable. Il y a bien sûr quelques jaloux dans le métier, quelques fâcheux qui rechignent à lâcher la moindre félicitation. C’est normal. Amusant, même. Mais à chaque fois qu’on me témoigne un bonheur partagé, ça m’en donne encore. Et puis, rassurez-vous, après la sortie du film, l’heure sera à la poursuite du travail, loin de ces considérations. Ne serais-je pas un goujat, si je boudais ces honneurs, ce bonheur éphémère ?
Quant à ceux qui, en lisant ces lignes, pensent « ça y est, il prend le melon ! », relisez vingt fois la fin du deuxième paragraphe et le début du troisième !