Lundi 29 mai 2006
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Lundi 29 mai 2006 Par quoi je commence ? Par le début !
Dimanche matin, levé tôt. Lessive. Petit café journal près de Secrétan. Je traîne. Ordi. Téléphone silencieux. Trop silencieux. Midi et demie : je mange ? Pas faim. Je capte bien, au moins ? J’ai le pressentiment que je ne vais pas finir ma journée à Paris. Ça serait tellement triste de ne pas être de la fête après ces trois jours. Je n’arrive même pas à m’imaginer devant mon poste de télé. Et puis dring. « Oui, Bernard… heu, attends, je te rappelle ! ». C’est le distributeur du film. J’attends.
Trente minutes, c’est long ! Je vais quand même manger un peu. Re Dring ! Cette fois-ci, c’est le super attaché de presse ; « Ecoute Bernard, on ne sais pas trop mais il semblerait qu’il y ait un prix pour les quatre acteurs (les autres, sans moi !) mais on tient à ce que tu descendes. Je préfère ne pas te faire de fausse joie. Tu prends un taxi, une voiture viendra te chercher à Nice !». Pas le temps d’être déçu. Mon seul désir est de redescendre illico. Je devine qu’ils vont m’inviter à les rejoindre sur scène.
Pendant que je fais mon sac en quatrième vitesse, y engouffrant la chemise que j’avais oubliée, je repense à ce fameux festival de Locarno où j’avais un rôle égal à celui de Serge Riaboukine (Peau d’Homme, Cœur de Bête) et qu’il s’était vu remettre le prix d’interprétation. J’avais trouvé ça extrêmement injuste. Serge avait eu le geste beau et m’avait fait monter sur scène avec lui pour le partager. Il est tellement sympa, Serge, qu’il m’avait donné un trophée (que j’ai toujours d’ailleurs) qu’il avait reçu dans un autre festival. Histoire que j’ai un truc chez moi. Ce mec est exceptionnel ! Bref, la perspective de revivre cette expérience…
Arrivé à l’aéroport, je retrouve Sami et Roschdy. On est tous très heureux. Eux, sans doute encore plus que moi.
Dans l’avion… la perspective de revivre cette expérience… revivre cette expérience… ça devient obsessionnel. Qu’est-ce que je vais dire quand ils vont m’inviter avec eux ? Je cherche la formule la moins amère, la plus détachée, la plus humoristique possible. Mais je sais bien que, quelle que soit la pirouette géniale que je pourrai trouver, il ne restera rien dans l’heure qui suit. Une pirouette ne remplacera jamais un prix qui est inscrit, qui est matériel, qu’on apprend dans la presse, qui se glisse dans un CV, dont on parle dans le métier. C’est tellement rare un truc pareil ! Je me réjouis pour mes copains, vraiment, mais tout de même. J’en viens même à culpabiliser, à craindre de gâcher un peu cette belle fête en étant moins rempli de bonheur que Jamel, Sami, Roschy et Samy (qui finalement ne pourra pas venir…).
Avant d’atterrir, je choisis la formule pirouettée la mieux appropriée : « Les tomates, c’est pour tout le monde ! » (une réplique du film que vous ne manquerez pas de voir en septembre !). Allez, j’abrège : 17h10, arrivée au Martinez. Le super attaché de presse est là et se précipite sur moi : « T’en fais partie ! ».
Et là, là… que de la joie. Que du bonheur. Je ne touche plus terre. J’ai encore perdu 15 kilos ! Je voudrais embrasser tout le monde. On me conduit dans ma chambre. Superbe ! Même pas le temps de m’habiller que la maquilleuse frappe à ma porte. Puis le coiffeur.
Juste le temps de m’habiller et pffuit, me voilà dans le hall, tombant dans les bras de l’un, de l’autre. Je n’ai jamais de ma vie laissé autant s’exprimer mon bonheur (je suis du genre coincé de ce côté là). Roschy à la bonne idée de la soirée : qu’on chante « C’est nous les Africains… ! ». On part nous faire des photocopies du texte.
Et puis tout s’enchaîne. La fête des marches. L’entrée dans la salle. On est installés dans les premiers rangs. Toujours aussi léger. Zut, il faut que je trouve quelque chose à dire, j’avais pas prévu ça ! C’est pas grave. Ça sortira comme ça sortira. Je ne sais plus quels sont les prix avant nous. Si, le prix d’interprétation féminine pour les comédiennes d’Almo !
Petit pincement quand ça va être à nous mais, je vous jure, on se sent tellement forts d’être dans ce film, avec ces acteurs, après cet accueil du 25, après ces larmes de tirailleurs, que plus rien ne nous fait peur. De vrais soldats ! Applaudissements dès les premiers pas sur scène. Les gens se lèvent. Roschdy commence. Il parle bien. Il est sérieux. Le hasard m’a mis derrière lui. J’enchaîne, presque tranquille. Ça vient tout seul. J’arrive même à regarder la salle. Je ne sais plus ce que j’ai dit. Enfin, si, à peu près mais vous avez vu !
Et puis c’est l’enchaînement des télés, radios, photos, repas, fête sur un bateau. La messagerie sature. Les textos se bousculent. Bip bip bip bip bip bip bip…
Non mais vous réalisez ? Je commence à peine, moi. C’est compliqué, confus mais c’est le bonheur qui l’emporte. On peut prendre ça pour du fayotage mais je vouerai une reconnaissance éternelle à Rachid, Jean (le producteur), Jamel, Sami, Roschdy, Samy, Hassan pour ce conte de fée. Cendrillon à Cannes ! Et tout ça avec l’impression d’accomplir une mission de la plus haute importance.
Vous comprenez maintenant pourquoi j’avais cet air de gamin devant le sapin de Noël ?