Dimanche 23 avril 2006
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Dimanche 23 avril 2006
De chaque expérience, on peut tirer des enseignements. Chaque enseignement concourt à une amélioration. Vouloir s’améliorer témoigne d’une conscience de ses limites. Vouloir s’améliorer c’est souhaiter accéder à une forme de sagesse ou de sérénité. Mais c’est aussi ce qui ridiculise le Bourgeois Gentilhomme.
Ce n’est pas cette recherche de progrès personnel qui nous fait rire dans ce personnage mais son volontarisme, cette façon forcenée de vouloir se glisser dans la peau d’un Autre. Un Autre qui ressemble à ceux qu’il admire ou à qui il voudrait ressembler. Le BG, grâce à sa fortune, tient de fait une place dans la société. Pourtant elle ne lui suffit pas. Son souhait est de briller, de prendre les apparats de ceux qui ont le pouvoir. Pouvoir que le BG imagine être le fruit d’immenses Connaissances.
J’ai toujours été fasciné par la tragédie de cette farce. J’ai même rêvé de monter la pièce en accentuant cet aspect. Je la trouve lucide, désespérée, presque révolutionnaire. En même temps qu’on rit du personnage du bourgeois, on éprouve pour lui de la compassion et on se prend à trouver pour le moins ridicules ceux qui abusent de sa naïveté. Pas étonnant que cette pièce intéresse les acteurs. Ils sont tous des BG ! Pauvres artistes qui se contentent de dire les mots des autres, de livrer leur pauvre humanité pour faire vivre des personnages qui vont faire rêver, se retrouvent dans les sphères du pouvoir, exposés dans les média, perdant parfois leur identité dans l’application qu’ils mettent à ressembler à une image.
Mais pourquoi je parle de ça ? Ah oui. Enfin heu… Trois soirs de fête, ça fatigue. Et puis à chaque fois, j’ai été frappé par la singularité des acteurs. Je me disais qu’ils étaient ridicules et chiants. Soignant souvent leur apparence, il y a ceux qui bossent peu et qui vont fayoter avec les réalisateurs, les castings et les journalistes, vont interroger les autres acteurs pour savoir s’ils bossent et s’inquiètent de la façon dont ils décrochent des contrats. Pour eux, un rôle s’appelle un plan (dans le sens de bon plan). Et puis il y a ceux qui commencent à pas mal tourner et qui racontent leur tournage avec machin, leur joie d’aller monter les marches, pensent qu’ils sont en droit de se raconter plus que de raison puisqu’ils sont acteurs et qu’ils sont forcément des êtres exceptionnels, sensibles, engagés. Enfin, il y a ceux qui sont reconnus, qui en ont vu d’autres. Ils préfèrent regarder leur montre, tuer le temps en écoutant les conneries, distillant trois bons mots et signant au passage un autographe avec une amicale désinvolture. Vous me cherchez dans la liste ? Mais non, vous m’avez reconnu !
Le premier soir, c’était au Ministère. Le deuxième, c’était la fête de fin de tournage de PJ. Et hier soir, chez Ludo, un copain journaliste à l’Huma. La première était un brin mondaine. La deuxième un brin professionnelle (quand on n’a tourné que deux jours avec une équipe qui a passé plusieurs semaines…). Dans la troisième j’étais dans un groupe qui a parlé politique pendant deux heures. Ça fait du bien. Mais malgré tout, je me suis encore senti comédien. Et ça, je n’ai pas aimé.
Je me suis réveillé en me disant que, de cette expérience, je tirais un enseignement : savoir se taire un peu permet d’éviter de dire quelques conneries et de s’enrichir de la parole des autres ! Je dis ça parce que j’ai constaté que mon centre du langage n’est pas tout à fait au point : soit une timidité excessive fait de moi un autiste, soit ma langue se délie, déversant sans pudeur des cascades de futiles pensées.
Je me tais.