Rémunération de l'auteur

Lundi 17 novembre 2008
Lundi 17 novembre 2008
Invité d’honneur du Festival d’Albi… mazette !

J’en reviens avec
-    de la pâte de fruits
-    un bloc de foie gras
-    des bonbons chocolats
-    un trophée « l’homme à la caméra »
-    un bouquin offert par Michel
-    plein de témoignages de sympathie
-    une petite ritournelle triste
-    une journée de transport pour cause de grève

ça vaut bien un rapport...

Comme beaucoup de festivals, les Œillades est porté par une poignée de militants cinéphlies, souvent profs, toujours bénévoles. Il y règne une grande agitation où alternent inquiétude et bonne humeur. Chacun porte avec ardeur ses responsabilités.

En arrivant, samedi, j’ai retrouvé François Dupeyron (drôle d’endroit pour une rencontre, la chambre des officiers, Inguélési et là, Aide-toi et le ciel t’aidera). On bavarde avec grand plaisir dans la voiture tandis que les plaisanteries de Laurence et Sylvia laissent deviner une ambiance festive sur place.

La première projection pour moi sera celle de Philippe Fernandez, Léger tremblement de paysage. Peu de monde dans la salle. Normal pour un samedi à 15 heures. Yannick, l’exploitante et Claude le Président me présentent. Je remercie et explique mes choix, dis ma fierté de savoir que le court-métrage de Camille a obtenu le prix du public puis je préviens de l’OVNI qu’on va voir.

Pendant la projection, je vais papoter, fumer des cigarettes. Le débat vient à son heure, intéressant. Je réponds aux questions. Sérieusement. Mais en faisant le guignol. Pour moi, un débat doit être un peu un spectacle pour ne pas être chiant. En tant que spectateur, j’ai du mal avec ceux qui se prennent au sérieux.

Comme à chaque fois, dans la salle, il y a le monsieur qui connaît toute la filmographie de Philippe. Et pourtant, son œuvre est très confidentielle.

Je n’irai pas à la projection suivante car je suis épuisé. Peu dormi la nuit qui a précédé le voyage. Levé tôt, couché tard, un classique. Et puis le voyage, la présentation, le débat… ça vide de parler avec les spectateurs. L’air de rien.

Je choisis donc d’aller me poser à l’hôtel en attendant le dîner et la projection de Dypeyron. Super hôtel. Avec WIFI. Tout ce qu’il me faut. Quelques réponses à des mails, un tour sur les forums et dodo.

Bon moment que cette projection d’Aide-toi… Le débat qui a suivi a été très joyeux, François Dupeyron se laissant même aller à des fous rires en racontant des « moments de solitude » de tournage. Il est déjà minuit quand il faut se diriger vers le dernier verre. Yves Caumon, le vieux copain de Gaillac est là. Ça sera forcément du deux heures du mat.

Dimanche matin, après une grasse mat relative, visite de la vieille ville. Bien belle cathédrale, dites-moi ! Dans une boutique de souvenirs (les autres sont fermées, c’est normal), je trouve une boîte à musique avec « l’eau vive ». Je l’achète. Elle ira très bien pour mon docu ! Car oui, en flânant, je travaille.

Quelques photos et trois lignes sur le blog avant d’aller manger. Cet hôtel est vraiment super. Je m’y sens bien. Ce qui est rare.

Treize heures, déjeuner à la scène Nationale. Un groupe de lycéens est déjà dans le hall. Éric Martin est arrivé. Il me raconte le montage de No Pasaran. Pour l’instant, tout va bien. On fume sur le perron.

Quatorze heures, les spectateurs sont là. Michèle me présente (Bernard Campan). L’occasion de blaguer sur le sujet récurant en festival. On va commencer par Lartigue Expose, mon court d’il y a une paille. On enchaînera avec Cache-cache.

La projection lancée, je reste pour Lartigue que je n’ai pas vu sur grand écran depuis bien longtemps. Le son est trop faible. En plus c’est mal mixé mais, malgré les fautes de rythme, ça se laisse regarder. Tiens, Philippe Fernandez est dans les plans du CAPC ! Je revois tous les copains que j’avais casés dans l’image à la première occasion. Tout le théâtre bordelais est sur la pellicule. En plus jeune et plus vivant.

Pour Cache-cache que j’ai déjà pas mal accompagné, je choisis d’aller m’en cramer une, boire un café, appeler mes gamins. Il fait gris et froid. La ville est morte comme un dimanche. Caumon va finalement me rejoindre avant de m’accompagner au débat. Il y a un bail qu’on n’a pas passé de temps ensemble. On échange sur nos vies depuis Cache-cache, les sourciers, les vidéoprojecteurs, le cinéma… on papote, quoi.

Puis vient le débat. Selon les débats, je m’adapte. Si je suis seul, je dose réponses sérieuses et déconnade. Si je suis avec un déconneur, je fais le sérieux . Avec un sérieux, l’inverse. Avec Caumon, on se connaît depuis suffisamment longtemps pour savoir le plaisir qu’il a à développer des dizaines de minutes sur une simple question. Dans ce cas, je me mets toujours à la place du spectateur mauvais élève (bizarrement) et, quand ça devient trop long, je fais une blague à deux balles ou fais trois gestes parasites destinés à distraire ceux qui s’endorment.

Quand on se retrouve devant, au bas d’une salle de spectacle, face au public, on voit forcément tous les spectateurs. À voir la mine détendue de l’ensemble, j’ai l’impression que le film a été apprécié. En tout cas, n’a mis personne en colère. Mais les interventions de Caumon sont longues.

Tiens, j’en vois un qui dort ! Le moment de faire une blague à deux balles ! Pendant que le maître déploie son discours, je m’avance dans les rangs et, devant le jeune dormeur, je lance tout fort « bon, ça suffit de dormir, là ! ». La salle rigole. La blague est facile mais marche toujours. C’est aussi une façon de signifier à Caumon qu’il endort un brin.

D’habitude, en pareil cas, le dormeur sursaute, se sent un peu gêné mais rigole à son tour car le rire de la salle est forcément sympathique. Bref, un classique de tous les one-man machin dont Jamel est un spécialiste.

Mais là, bizarrement, je vois que ma blague n’a pas plu du tout au petit groupe attaché au dormeur. Mes synapses connectent mes deux neurones et je me dis que si ça se trouve, cette jeune personne est en crise profonde de je ne sais quoi et j’ai fait la fameuse blague qui tombe mal, au mauvais moment, sur la mauvaise personne.

Ça ne vous est jamais arrivé de faire une blague à quelqu’un sur son père ou sa mère et que le mec vous annonce que justement, il ou  elle vient de mourir ? Jamais ? Moi, si. J’ai un don. Mon inconscient capte des trucs de ce genre et, pervers, choisissant de me laisser dans une ignorante conscience, se plait à me plonger  dans des gouffres de honte. Bon mais au fond, ça me fait rire…

Suit, assez rapidement, la question d’une lycéenne du dit groupuscule. « Vous avez voulu que votre personnage soit touchant ? » (elle parle évidemment de celui que j’interprète dans le film). Je ne sais pas pourquoi mais je sens, dans ce qu’elle enchaîne, qu’elle cherche indirectement à m’agresser. Parano ? Visiblement, dans le film, tout le casting lui plaisait, sauf moi.

Là, je respecte. Je vois bien le regard que je porte sur les acteurs. Il y en a toujours quelques-uns que je ne peux pas encadrer, sans raison valable. Juste leur tête qui ne me revient pas. Et j’ai pleinement conscience que, comme chaque acteur, j’ai mes spectateurs-qui-ne-peuvent-pas-m’encadrer. Je ne vais pas dire que ça me fait plaisir mais c’est une donnée objective que j’accepte volontiers.

Donc, là, elle ne m’aime pas, c’est pas grave mais bon, j’ai fait 800 bornes (je rappelle à titre d’information que nous ne sommes pas payés, on ne sait jamais…) pour venir faire plaisir, essayer d’en trouver moi-même (je n’ai pas trop de mal), accompagner des films dont il me paraissait important qu’ils soient vus. On va peut-être éviter de me faire la gueule… !

On a déjà pu le lire ici, les festivals, je trouve ça génial comme lieu de croisement des gens qui sont des deux côtés de l’écran, comme lieu d’échange de rencontre et de découverte. Mais qu’à titre très personnel,  ce n’est pas l’endroit qui me fait rêver, a priori. Quand je peux éviter, je le fais poliment mais je le fais.

Donc, je suis là et l’autre, elle laisse entendre que si j’avais été ailleurs, ça n’aurait pas été plus mal. Ok. Réponse par l’humour : j’enlève mon manteau et m’avance lentement vers elle, comme un cow-boy. Qu’est-ce que t’as, tu crois que tu me fais peur avec ton regard ? Dit-elle, l’effrontée, en colère.

Oulala… Re-neurones… tiens, elle ne comprends pas que je joue au cow-boy, elle pense que j’en suis un. Je n’ai pourtant pas de chapeau. Un coup d’œil vers le bas. Non, non, je n’ai pas de cheval. Bien.

Mais là, je suis déstabilisé. Qu’ai-je fait pour provoquer une telle animosité ? C’est quand même pas ma blague qui… Dos rond, je recule à ma place, je fais comme si de rien, je garde le sourire, je réponds quand j’ai l’espace pour le faire, j’essaie encore deux blagues à deux balles mais le cœur n’y est plus.

En même temps, pendant que je parle, que Caumon parle, que les spectateurs parlent, il y a une partie de moi qui se met sur le divan. Qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi suis-je déstabilisé ? Comment analyser cette situation ? Vous m’écoutez, docteur ?

À la fin du débat, je me précipite dans le hall pour m’excuser auprès du dormeur qui semblait en effet dormir pour d’autres raisons que la lenteur du débat. Et là, une copine qui est à côté exprime on ne peut plus clairement, de façon directe, limpide et sans détour, son antipathie radicale à mon encontre. Mais c’est pas vrai ?! Qu’est-ce que je leur ai fait ?

Une tête rebelle, c’est normal et bienvenu même. Mais un groupe entier, là, il doit me manquer des éléments. Il doit y avoir méprise, quiproquo. Oui, quelqu’un s’est déguisé en moi et les a insultés dans la rue ! Un so(u)rcier les a ensorcelés…

Qu’est-ce que je représente pour ces ados ?

La question va me tarauder l’esprit une bonne partie de la soirée. Et puis « Choron dernière » avec le Professeur de mauvaises blagues. Puis Louise – Michel : Du rire, de la distance, de la résistance, du décalage, du hors norme, de l’insolent, du politiquement incorrect. De quoi vous remettre en place. Pfff, la jeunesse a vieilli trop vite !

Un autre point auquel j’ai pas mal pensé : ma place d’invité d’honneur.

Très honnêtement, je ne suis pas, dans le paysage cinématographique français, à un niveau de reconnaissance qui mérite de m’offrir cette position. Un invité d’honneur, c’est quelqu’un connu du grand public qui va générer des recettes et de la presse, sur lequel on va appuyer sa communication. Et là, pour moi, il y a un décalage qui me crée en fait plus de malaise qu’autre chose. C’est juste de la lucidité.

Évidemment, je suis honoré qu’on me propose, qu’on m’invite mais, sur place…

Au fond, peut-être que ceci est lié à cela… Que se serait-il passé si Franck Dubosc, Sheilla, Obama, PPDA, Jean-Pierre (le héros de ma sorcière bien aimée) avaient fait la même mauvaise blague au dormeur ? Allez, le Lycée de Lavaur, vous avez deux heures !

Par Bernard Blancan - Publié dans : blancan
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