Samedi 15 avril 2006 6 15 /04 /Avr /2006 14:49
Samedi 15 avril 2006
En complément d’hier. Par rapport au tournage de Louis Page. C’est de la télé, certes (écriture calibrée et tournage rapide) mais j’endosse avec grand plaisir ce rôle de mec normal (plutôt habitué à la marge ou au lunaire) avec des partenaires super gentils et un réalisateur qui sait à la fois diriger ses acteurs, mener son équipe et ôter au texte tous les sur lignages qui psychologisent à outrance ou sombrent dans l’explicatif. Que demander de mieux ?! En même temps, je reste moi-même (je crois), un peu bancal (j’en suis sûr).

Je viens de recevoir une série de mails accusateurs d’acteurs et figurants qui se plaignent d’être maltraités sur un tournage. Une des raisons invoquées est le nombre d’heures. Si j’avais dû faire appel aux prud’hommes à chaque fois qu’il y a des journées qui dépassent, j’en serais devenu sociétaire !

J’ai cru déceler surtout un manque de respect. On accuse ici le directeur de production, sorte de Ministre des Finances du tournage et le réalisateur. Mais en fait, quand un film se tourne en huit semaines au lieu de douze nécessaires (par exemple), c’est un choix qui est fait par le producteur qui peut être contraint par un financement insuffisant, une mauvaise répartition des budgets (ces enfoirés d’acteurs !) ou, dans le pire des cas, dans l’espoir d’augmenter leur marge. Mais quoi qu’il en soit, le directeur de prod n’est qu’un salarié comme les autres. Quant au réalisateur, j’imagine qu’une ou deux semaines de tournage supplémentaires l’auraient satisfait.

Il faut bien admettre que les films se font de plus en plus avec des budgets resserrés. Et là, ce sont les assistants qui jouent un rôle primordial. Dans Louis Page, celui qui s’occupe de la figuration est tellement gentil et respectueux que la compréhension est immédiate. Dans le respect et la bonne humeur, les pires situations (ce n’est pas le cas ici) sont plus faciles à affronter. N’allez pas pour autant m’accuser de « gentisme » ! Je ne rêve pas d’un monde de gentils. Simplement il me semble qu’il est préférable de bien cibler les responsabilités quand on met en accusation et d’envisager la question dans une globalité, identifier les vraies sources de conflit. Et, au passage, être lucide de son propre niveau d’engagement (pas par rapport à une échelle hiérarchique quelconque mais de soi par rapport à un projet).

Je veux dire par là que quand on fait un truc pour bouffer, il ne sert à rien de déplacer le mépris que l’on a de soi sur les autres. Tout simplement parce que, au départ, n’y a rien de méprisable à faire quelque chose pour bouffer ! Aucune place n’est méprisable de toute façon. Et aucune, non plus, ne donne droit au mépris des autres. Et dans un cas comme celui qui est en jeu, je pressens à la fois le mépris des uns et les frustrations des autres. Et ça marche dans tous les sens. Pas facile de cloisonner.
Par Bernard Blancan - Publié dans : blancan
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