Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /2008 13:59

Dimanche 14 septembre 2008
On travaillait, nous, hier ! C’est pourquoi le blog…

Je connais pourtant les Pyrénées puisque j’en suis originaire mais je n’y ai jamais vécu. Mais dès qu’on regarde la montagne avec la perspective d’un cadre, c’est plaisir sans cesse renouvelé. La lumière, les nuages qui font un jeu de voile en mouvement, le soleil qui éclaire la partie qu’il souhaite, jamais la même, la pluie qui vient faire un rideau de tulle… Tu es au même endroit mais il se transforme tant et si vite que jamais les yeux ne s’y ennuient. En l’espace d’une heure, le réalisateur peut choisir d’exploiter telle atmosphère triste ou telle autre douce et apaisée, sans changer la caméra de position.

Et c’est ce que nous avons fait hier. Alors, pour l’instant, dans No Pasaran, l’image est super belle et les acteurs s’amusent (au sens qu’ils ont plaisir à jouer, ce qui est leur beau métier). Le film, ça sera après le montage. On en reparlera.

A propos de film, un des deux réalisateurs, Éric Martin, nous a projeté en avant première le film qu’il a réalisé avec Pierre Carles sur le Professeur Choron. Un très joli portrait qui pourrait s’appeler la vengeance de Choron. Ils ont suivi l’homme une bonne année avant sa mort et une fois mort, n’ont cessé de piéger la bande de Charly Hebdo (en particulier Philippe Val) pour leur demander pourquoi Choron n’a pas continué l’aventure, pourquoi ils n’ont fait qu’un pauvre papier à sa mort, les renvoyant à une grande ingratitude quand nous les voyons tous en train de parader à Cannes aux côtés de Bernard Henry Lévi et de journalistes de Libé pour leur film qui va bientôt sortir.

Tels les mouches du coche, Pierre Carles et Éric Martin, harcèlent littéralement Val et ça nous fait plaisir. Pourtant, le portrait de Choron, en son début, est peu flatteur. On y voit un vieux Monsieur mégalo, un peu dépassé, drapé d’un habit de provocation élimé. On en vient à penser que les gentils de Charly ont bien fait de se débarrasser de cet encombrant co-fondateur, caractériel dilapidateur de budgets, provocateur lourd et gras, qui n’avait vraisemblablement qu’un rôle de trublion médiatique dont la réputation était très éloignée du génie créateur des artistes de l’ombre du canard.

Et puis on apprend que « bal tragique à Colombey, un mort », c’est lui. Et puis on entre dans la vie du monsieur, on le suit, on le voit, on l’entend, on assiste à ses prises de positions qui ne laissent rien à la bonne conscience molle. On est témoin de pensées libres et aigües qui dérangent mais sont d'une grande justesse. Justice est rendue à une forme de génie. Génie simple, sortant de la tête d'un fils de cheminot et de garde barrière. Et on devine là aussi la place du jeu social dans l'éviction de l'encombrant professeur. Et le papi devient touchant, son regard cynique ne l’est pas. Et on l’aime et on le regrette.

Voilà un film qui n’a pas de distributeur, qui, comme tous les films de Pierre Carles, n’a pas droit à la diffusion télé (mais cartonne par d’autres biais, festivals, salles de cinéma « alternatives »…). Mais c’en est encore un qui raconte les perversions du pouvoir, ses trahisons. Et c’est d’autant plus fort et gonflé que ça joue dans une sphère médiatique qui se veut révolutionnaire et anti-conformiste, sur fond d’amitié trahie.

Bien joué, les gars ! On prend plaisir à voir le film et le lendemain, il continue son travail, laissant apparaître ses strates les plus minces.

Par Bernard Blancan - Publié dans : blancan
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