Jeudi 17 janvier 2008
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Jeudi 17 décembre 2007
Cette nuit, il n’y avait pas de vent. Nous n’avons pas eu à subir cette sensation de froid qui, avec la fatigue, vous glace les os en quelques secondes quand vous jouez dans un costume qui ne
correspond pas à la saison. Dans ses conditions, on supporte beaucoup mieux d’attendre la mise en place d’un projecteur ou d’une gélatine, un réglage de dernière minute.
Les courts-métrages, les festivals, ce sont des choses dont je ne retire aucun bénéfice personnel. Pour les premiers, quand on débute, c’est un passage indispensable. On y apprend son métier et on
rencontre des affinités artistiques. Ceux que je fais aujourd’hui (non pas que je considère n’avoir plus rien à apprendre), ce sont ceux d’amis ou de personnes dont je sens qu’elles ont une
sensibilité artistique en accord avec la mienne. Je n’accepte pas tout. Je continue surtout à tourner dans des courts en reconnaissance avec ce genre qui m’a permis d’accéder au long en d’autres
temps.
Par bonheur, certains sont couronnés de succès (deux courts à Cannes l’an dernier). Mais ça, c’est du bonus. L’essentiel est dans le plaisir de faire le film.
Pour ce qui est des festivals, je n’ai aucun goût pour les mondanités. Je fais mon travail de représentation quand il est obligé, avec le sourire. Mais, en rentrant dans ma chambre d’hôtel, je me
sens simplement loin de chez moi. Aucun bénéfice personnel non plus dans ce type d’obligation.
Je vais à Angers la semaine prochaine pour y lire le scénario de Suerte. La, c’est du travail. Et j’aime ça, le travail. Pour les autres (comme Libourne récemment, par exemple), j’y vais pour
répondre à des demandes sympathiques, par une sorte de militantisme, en essayant que ce soit le moins contraignant possible.
On l’aura compris, il y a dans l’un et l’autre une part de plaisir plus ou moins grande mais surtout la volonté de répondre à une sorte d’obligation morale. Le revoilà, ce vieux réflexe
judéo-chrétien !
Dans la schizophrénie qui me fait me débattre entre plaisir et obligation, la situation n’est acceptable que dans un rêve d’équilibre, une égalité entre les deux (séjour court dans une ville
agréable pour les festivals, équipe sympa et travail artistique valorisant pour les courts).
Or, on vous vend toujours le projet de façon à ce que vous acceptiez. Mais quand la réalité s’avère différente, un drôle de sentiment d’être abusé s’empare de moi. Et j’en veux autant à ceux qui
abusent de moi qu’à ma propre carcasse qui a encore accepté, par « sympathie », un truc qui le contraint finalement.
Pour Cendres (le court que je suis en train de tourner), par exemple, Paul m’avait parlé d’un court se tournant du 14 au 20. Puis 15 jours avant le tournage, il m’annonce que c’est du 12 au 21, de
23h à 5h du matin. Dans ces conditions, j’étais en position de refuser, avec le désagrément d’être injustement identifié comme le planteur de l’équipe. Heureusement, tout le monde a réalisé qu’il
fallait retourner à un réalisme indispensable et je tourne du 12 au 18, dans des horaires très acceptables.
Et voilà qu’on me refait le coup pour un festival dans lequel on me demande d’être président d’un jury lycéen. On me vend le truc comme un week-end. Ce matin, je reçois un mail du genre « merci
pour votre présence du 7 au 11 ! » (5 jours du jeudi au lundi) !
Bon, là aussi, ça s’arrange et, après un mail retour plutôt clair, je vais débarquer le vendredi pour un retour le lundi matin. Ça ressemble plus en un week-end. Gros week-end, mais week-end
quand même.
Conclusion : quand on a besoin de vous, la rémunération fixe le temps. Le bénévolat l’étire, l’étire, l’étire...
Conclusion 2 ("pensées" en vrac):
La vie a une durée limitée qui atteint rarement le siècle. Chaque minute est précieuse...
Les employeurs achètent le temps des employés. Avec ce salaire, l'employé améliore son temps libre.
Quand tu as la chance de faire un boulot qui te plait, tu es doublement bénéficaire de la qualité de ton temps.
Quand tu gagnes ta croûte sans plaisir, je comprends mal que tu votes Sarko (qui allonge ton temps contraint et diminue celui qui t'appartient).
Quand tu donnes ton temps aux autres... choisis-les bien et amuse-toi!
Par Bernard Blancan
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Publié dans : blancan
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