Rémunération de l'auteur

Lundi 30 mai 2005

Avant de partir en tournage à Djibouti, j’avais fait l’acquisition d’un merveilleux petit appareil photo numérique, cinq millions de pixels, optique Leica, un grand écran permettant un visionnage de haute qualité. Je l’utilisais immédiatement pour faire des photos de figurants, façon d’alimenter mon ex-projet de documentaire et de satisfaire mon plaisir de portraits, de capturer des gueules et tout ce qu’elles racontent.

 

Armé de ce petit bijou, je continuais ce « travail » sur Indigènes, à Ouarzazate. Jusqu’au jour où… patatras ! l’écran s’est fendu.

 

De retour en France, avant d’attaquer les Vosges, je fonce dans le magasin à l’enseigne célèbre pour faire valoir ma garantie et obtenir la réparation ou le remplacement de mon appareil. Manque de chance, l’écran n’est pas couvert par la garantie. J’aurais dû souscrire une assurance supplémentaire. Je trouve ça très fort ! La garantie couvre tout sauf ce qui risque de ne pas marcher !

 

Excédé par une telle injustice, une fois n’est pas coutume, je décide de monter mon arnaque du siècle. Je rachète le même appareil et prends l’assurance supplémentaire. En renvoyant l’imprimé à l’assureur, j’inscris le numéro de l’appareil défectueux à la place de celui que je viens d’acquérir en remplacement. Je n’aurai plus qu’à attendre quelques semaines et revenir au dit magasin, armé de mon appareil et de mon assurance.

 

Je suis, par principe, opposé à ce type de tricherie, légaliste à l’excès, déclarant mes impôts au centime, pas « français » pour un sou. Mais là, j’ai considéré qu’il s’agissait de légitime défense.

 

Cet après-midi, je me suis présenté au service après vente du magasin en question avec appareil, emballage, garantie et assurance. Beaucoup de monde. Je prends le numéro 52 au distributeur d’ordre de passage tandis qu’un panneau lumineux m’indique que le 26 est invité à se présenter au comptoir.

 

Alors que je reste planté un moment à l’entrée, mon ticket dans une main, mon appareil dans l’autre, me demandant si j’attends là ou si je vais faire un tour, un jeune homme dont le gilet m’indique qu’il travaille dans le magasin, m’aborde : « Vous êtes comédien ? » Je réponds dans l’affirmative. Pourquoi nier ? Il m’apprend que sa mère est aussi comédienne et qu’elle a tourné avec moi, il y a quelques années. Il me demande quel est mon problème. Je lui montre l’appareil. Pas de problème, me dit-il. Et me voilà transformé, par la magie du cinéma, en numéro 27.

 

Au comptoir, je déballe l’appareil, je sors la facture. Lui, entre mon nom sur l’ordinateur et tape une référence sur la facture. Ça va être rapide, m’assure-t-il. Il semble connaître parfaitement son métier. Je le sens très à l’aise dans cette activité. Il m’indique qu’il faudra que j’envoie le devis qu’il va me faire, à l’assureur.

 

C’est à cet instant que tout bascule.

 

Il regarde l’appareil. Il le retourne. Lit le numéro. Lit ce que lui affiche l’écran de son ordinateur. Marmonne « il n’y en a pas deux ! ». Moi, je sais bien qu’il y en a deux, appareils, mais ne peux rien dire. Il farfouille encore puis disparaît dans l’arrière boutique avec mon appareil. Il revient cinq minutes après. « Je ne peux rien faire ! ». Il faut appeler l’assureur d’abord. Parce que là, il y aura litige. Je n’en demande pas davantage. Je remballe l’appareil, je remercie le jeune homme et m’en vais sans demander mon reste.

 

Un brin honteux, je sors du magasin à la prestigieuse enseigne.

 

Pris de remords, je décide, un bon quart d’heure après, de retourner au magasin afin d’y retrouver le jeune vendeur. Je vais tout lui avouer ! Je m’en veux de ne pas l’avoir mis dans la confidence alors que, lui, s’était précipité pour me rendre service, sous le seul prétexte que j’avais joué dans un film avec sa mère. A lui, au moins, je me devais d’être honnête ! Il m’aurait dit facilement « lâche l’affaire, t’es cerné ! » ou mieux encore, il m’aurait indiqué la meilleure marche à suivre pour avoir quelque chance de réussir mon escroquerie, acceptant volontiers de se rendre complice de ce menu larcin. Au lieu de cela, le pauvre avait dû avoir devant les yeux les preuves de ma pauvre machination dont il aurait été une victime indirecte, alors même qu’il me tendait la main !

 

A nouveau dans le magasin, je me mets en quête du jeune homme. J’en vois plusieurs qui lui ressemblent mais ne parviens pas à le reconnaître formellement. J’hésite sur un d’entre eux mais suis assez vite obligé d’admettre qu’il ne s’agit pas de la même personne. A un autre étage, il me semble le reconnaître. Il est en discussion avec une cliente qui, à en juger par le ton et le temps de l’échange, serait plutôt une amie. En attendant qu’ils en finissent, j’observe le vendeur et plus le temps passe, plus je le reconnais. Mais en fait, je peux très bien avoir cette sensation à force de le regarder. Il me devient familier. Forcément.

 

Au bout d’un long moment, le couple se sépare et le vendeur vient vers moi. Je lui souris assez niaisement sans doute. « Vous voulez un renseignement ? » Rien en lui ne témoigne que nous avons eu, il y a peu de temps, un échange au sujet d’un appareil photo à l’écran défectueux. Il avait bien vu, en revanche, que j’étais resté là, planté, le regardant parler avec sa copine, indiscrétion insistante qui n’avait pas dû lui plaire. A sa question, je réponds négativement et repars définitivement du magasin.

 

En écrivant ces lignes, je me dis qu’en fait, quand le vrai vendeur a disparu dans l’arrière boutique, tandis que j’étais au comptoir avec lui, c’était en fait pour montrer l’appareil à un technicien. Sans doute celui-ci lui avait conseillé de passer d’abord par l’assurance (pensant sans doute que l’écran ne serait pas forcément pris en charge). Il y a en fait toutes les chances pour que mon « arnaque » marche.

 

Voilà au moins un exemple de l’utilité de ce journal : mettre à distance les tergiversations de mon esprit alambiqué. Et, je l’espère, vous donner une occasion de sourire.

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Lundi 30 mai 2005

Content d'avoir gagné. Mais gagné quoi? Sarkosi, Villepin? C'est Chirac qui décide. Il n'y a pas une pétition, quelque part, pour une dissolution ?

Revenons au professionnel! Mon agent s'est séparée de son associée pour monter sa propre agence.

Je commence à travailler pour mon projet théâtre 2006 (comme si, en écrivant ceci, je m'obligeais!).

Demain, que ceux qui viennent, viennent au moins à 8 heures et demie!

A Bordeaux, le Monsieur de l'Utopia est venu me saluer à sa terrase pour me dire que Cache Cache l'intéressait.

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Vendredi 27 mai 2005
Avant de partir en week-end familial, j'ai fait une procuration pour votrer NON.
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Jeudi 26 mai 2005

Jeudi 26 mai 2005

Je n'ai pas pu m'empêcher d'envoyer un mail à Libé. Il a dû se noyer dans la masse des spams.

Emploi du temps de ministre, plein de contingences matérielles inévitables après 4 mois d'absence.

Passé deux castings aujourd'hui. L'un pour un rôle de filou pas très futfut et un pour un père de famille aux prises avec son ado de fils. Deux registres opposés. Amusant.

Cache-cache passe le 31 mai au Forum des Images(21h) mais aussi samedi qui vient à 16h.

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Lundi 23 mai 2005

Lundi 23 mai 2005

Après six mois d'obligation, j'ai rasé ma moustache à 11h16 !

La projection de "Cache cache" aura lieu le mardi 31 mai à 21h au Forum des Images.

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Samedi 21 mai 2005

Samedi 21 mai 2005

Pour Cache Cache, pas grand-chose dans la presse, pour l’instant. Dans Libé, Péron a bâclé un papier méchant (comme il sait le faire dès que ça sort de la branchitude parisienne) et le Monde ne s’est pas trop fendu. On attend la suite. Mais les retours directs sont plus que sympathiques et dépassent la simple politesse.

 

J’informerai de la projection parisienne dans les jours qui viennent (Forum des images).

 

Indigènes s’est terminé de façon très émouvante. Ce tournage difficile s’est fait avec beaucoup d’attention, de respect et de sympathie à mon encontre. Reconnaissance à Rachid et Tessalit !

 

Il semblerait que le film soit porteur d’un gros potentiel. Ce qu’il raconte est un point essentiel de notre histoire enfouie (sans polémique). Il pourrait naître un vrai débat autour de ce film.

 

Jamel est aussi très investi et attendu dans ce projet. Ce que j’en ai vu est largement à la hauteur de cette attente.

 

Le résultat artistique naîtra d’une longue période de montage mais on sait déjà qu’il y a une matière première (rushes) très intéressante. Notamment, très belle image de Patrick Blossier. Et Rachid Bouchareb a déjà montré ses qualités de réalisation.

 

De façon plus personnelle, c’est une chance incroyable d’avoir été de cette aventure. D’abord, ça a été tout simplement une longue période de travail (ce qui n’est pas rien dans le contexte). Les rencontres n’ont pas manqué. J’ai appris, au long de ces quatre mois, beaucoup de l’Histoire, de mes compatriotes, du métier… J’en sors changé.

 

Les effets d’Indigènes sur mon avenir professionnel dépendent maintenant du succès du film mais aussi de la réussite de mon Martinez. Et là, c’est une totale inconnue. Jamais je ne me suis senti moins sûr de moi qu’au début du film (je suis pourtant assez fort en doute). J’ai le vague sentiment d’être parvenu à camper un personnage assez éloigné de celui qui se dessinait dans le scénario mais je n’ai aucun recul me permettant de porter un jugement objectif sur le résultat.

 

On l’aura compris, j’ai quelques mois pour savoir ce qu’il adviendra de mon sort d’acteur.

 

Sans attendre, je vais me remettre au plus vite au travail.

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