Vendredi 6 janvier 2012
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18:54
Désoeuvré : Qui ne fait rien, qui ne sait pas s’occuper.
Me voilà totalement désoeuvré. Tout est fait. Le dossier de court-métrage est parti. J’ai reçu ce matin 5 exemplaires de Secrets
de sourcier (sortie officielle le 12). Il ne me reste plus qu’à attendre la projection du 14. Alors je regarde les mails d’inscription, reçois les textos qui confirment pour d’autres. Il va y
avoir du monde.
Mais en attendant ce jour, que faire ? On n’est que le 6. Hier, par exemple, j’ai nettoyé mon scooter. Mardi, je l’aurai
vendu. Une occupation comme une autre. Me voilà reparti dans la vie intermittente, attente interminable. Enfin, ça, c’est la vision du MEDEF. Dans les faits, vous voyez bien, en lisant mon
machin, qu’un intermittent, ça n’arrête pas. Ça n’arrête tellement pas que, quand une pause arrive, il ne sait plus quoi faire, l’intermittent, tout perdu qu’il est.
Bon, il peut en profiter pour nourrir une pensée quelconque, avant de se remettre à bosser comme un fada. C’est bien aussi, de
penser, méditer, faire le vide. Enfin, le vide, ce n’est pas de la pensée. Ou alors, nourrir des pensées proches du vide. Ça je sais faire. Tiens, en voilà une. En fait, il s’agit plutôt d’une
observation : les costumières de cinéma sont des perverses ! Pas mal, non, comme pensée vide ? En tout cas, elle vous surprend sans doute
et je vois bien que si je ne me livre pas à une explication, je vais perdre tout crédit. Mais voilà enfin l’opportunité qui m’est offerte de penser un peu et de travailler à l’écriture d’un petit
texte.
Alors, pourquoi les costumières de cinéma seraient-elles perverses ?
Perverse : qui aime accomplir des actes cruels et immoraux.
D’accord, le mot est un peu fort. Ce qui fait naître en moi cette pensée relativement vide c’est que j’ai constaté quasiment à
chaque fois (et Dieu sait si j’ai dû en passer des costumes, de toutes les époques, toutes classes sociales confondues), que quand je dis que je fais du 42 en pantalon, elles me font
systématiquement essayer un 40 sur lequel a été griffonné au stylo et avec une grande mesquinerie « 42 ». Forcément, vous enfilez une jambe, l’autre et, au moment de refermer la
braguette, vous voilà ridicule, vous contorsionnant comme un pauvre diable pour essayer d’en joindre les extrémités et faire entrer un bouton qui a été changé, en douce, par un qui est plus gros
que la largeur de la boutonnière (afin vraisemblablement, de prolonger la cocasserie de la scène grotesque que l’on vous fait jouer alors que vous allez interpréter un personnage d’autorité).
N’est-ce pas de la perversité, ça ? Si ce n’est pas un acte délibéré de la congrégation des costumières et habilleuses, comment expliquer que, dans les magasins, les pantalons sont à votre
taille ?
Ce n’est pas au vieux singe que l’on apprend à faire la grimace. Il m’aura fallu beaucoup trop de temps pour mettre à jour le
méchant manège mais, lundi, quand je suis allé essayer mon costume, tout s’est bien passé, sans doute au désespoir secret de la costumière. J’avais annoncé un 44. Du coup, le flûtal était pile
poil à ma taille.
Mais comment expliquer ces humiliations imposées aux acteurs par les petites mains de l'industrie cinématographique ? Sans doute
faut-il y voir une pauvre revanche. Combien d'acteurs arrogants finissent-ils leur journée en rendant leurs costumes de lumière sous forme d'un petit monticule mal odorant. Je préciserait, à la
décharge de ces derniers, qu'il est est des, comme moi, qui ont eu une longue expérience du théâtre et font montre à la fois d'autonomie et de respect en rangeant soigneusement, sur des cintres,
leur costumes chéris, auxquels ils savent qu'ils sont redevables d'une grande partie de leur talent supposé.
Ben voilà un bon ¼ d’heure de tué, tiens ! Et puis, il va falloir que je me pèse, tiens, un de ces quatre…