Vendredi 2 avril 2010
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Vendredi 2 avril 2010
Hier, j’ai fait étalage de mes trouilles, livré en pâture mes faiblesses mais il ne faut pas exagérer. Il n’y a
pas que moi. Itak, par exemple, ce grand cheval que l’on m’a redonné aujourd’hui, si fier, si grand, si autoritaire, si mâle, c’est un gros trouillard, en vérité.
Lors d’un galop (car j’en ai fait pas mal aujourd’hui), mon chapeau s’est envolé. Patrick l’a ramassé et est venu
me le rapporter. Eh bien, Itak, un chapeau qui passe près de ses yeux, au-dessus de la tête, ça le panique. Il s’imagine je ne sais quoi. Ça lui rappelle je ne sais quel souvenir, nourrit je ne
sais quel imaginaire chevalin. Il faut voir la trouille. Mouvements vifs de la tête, reculade, embardée et tout ça se termine par un galop effréné, comme si le diabolique chapeau le poursuivait.
Une vraie poule mouillée, mon Itak !
Je sais que vous n’êtes pas totalement imbéciles et que vous m’imaginez déjà, bringuebalé tel un pantin dans la
course folle de l’animal trépide (le contraire d’intrépide). Gaussez-vous, allez-y ! Et pourtant, figurez-vous que… non, rien du tout. Je me suis tenu minablement à l’avant de ma selle,
laissant le froussard à sa fuite idiote, en mode « le tout, c’est de garder un semblant d’équilibre ». Quand j’ai estimé qu’il avait eu la distance nécessaire à l’expression et à
l’apaisement de ses paniques phobiques, je lui ai intimé l'ordre de s’arrêter. Et il l’a fait.
Certes, j’étais assez éloigné du dessin de la fière silhouette de mon personnage, pendant cette course désespérée,
semblant peut-être exprimer, aux yeux d’un observateur sensible, un peu de compassion pour mon destrier. Mais j’en suis resté maître. Jusqu’au bout. Le trauma a été dépassé. C’est un dépassement
incroyable de soi que j’ai accompli à travers cette expérience.
Je me mettrais bien à l’équitation, tiens ! Elles sont touchantes ces bestioles.
Bon mais, en dehors de ces considérations équestres, j’ai omis de vous dire que mon projet de documentaire a connu
une nouvelle avancée, des retours enfin positifs. J’aurais envie de dire que c’est bien parti mais comme je l’ai déjà dit à tort, je vais me contenter d’un Inch’Allah. Le passage du dossier
dépendra des lecteurs, de leur humeur, de leur univers psycho-affectif, de leur état de santé, de leur intérêt ou allergie à la sourcellerie.
Ce soir, je me couche tôt car hier, nous fêtions l’anniversaire du réalisateur avec tellines et flamenco. Et
demain matin, on répète !