Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /2010 19:01

Mercredi 14 avril 2010

J’ai débauché à midi, aujourd’hui. Une seule séquence à tourner, mais une belle. Je n’ai tapé personne, tué aucun animal… tout juste ai-je été méprisant. En tout cas un bon moment de jeu.

La scène se passait dans la cuisine qui se trouve à vingt kilomètres du séjour (dans une autre ferme). L’occasion de voir ces vieilles cuisines (comprises en vérité dans le séjour) avec, sur le même mur, un plan de travail avec trois mini foyers destinés à contenir des braises, une immense cheminée en pierre au manteau voûté, et un gros évier en pierre. C’est beau, c’est pratique, les débuts de la cuisine intégrée. On se situe dans la bourgeoisie terrienne. Les domestiques cuisinent dans la pièce où le repas sera servi.

D’ailleurs, nous mangions, dans cette scène. Une anchoïade haut de gamme, parfaite en apéritif.

L’après-midi libre, ça commence à bien faire. J’ai horreur de faire le touriste obligé.

Demain, je trie les taureaux, perché sur Itak.

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Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /2010 19:13

Mardi13 avril 2010

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J'ai profité de ce jour de repos pour aller vous photographier un géranium sauvage. 

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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /2010 19:33

Lundi 12 avril 2010

La pluie a encore changé nos plans. Nous devions tourner une séquence de fiançailles en extérieur et on s’est retrouvé à tourner de toutes autres scènes en intérieur. Chamboulement de plan de travail. Demain, je ne tourne pas.

Carmen se tourne quand même, avec un vrai plaisir de jeu. Les répétitions avant le tournage ont fait que nous connaissons tous nos textes, ce qui nous permet de valser dans les planning sans problème.

Aujourd’hui, je n’ai maltraité aucun animal. Tout juste ai-je essayé de peloter une domestique. Vous allez adorer mon personnage !

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Samedi 10 avril 2010 6 10 /04 /2010 14:31

Samedi 10 avril 2010

C’est en rentrant que l’on s’aperçoit à quel point on est habité par le film. Dans mes rêves, il y avait des chevaux, des taureaux, du flamenco.

Hier, dans ma première séquence, je j’éviscérais une vache. Suspendue, tête en bas, égorgée, ventre ouvert, tripes à l’air… je m’arrête là. Au moment où j’extrayais quelque organe digestif, mon fils et ma belle fille arrivaient à cheval. Je les rejoignais pour une scène joyeuse.

Dans nos vies urbaines, on a que trop rarement l’occasion de plonger à pleines mains dans les boyaux encore chauds d’une brave vache. Mon métier me procure l’occasion de vivre, à travers les personnages, des choses qui me seraient restées totalement étrangères, pour lesquelles j’aurais pu nourrir répugnance, rejet, vague mépris, dégoût feint (des couffins). Et là, il suffit que l’on me dise action pour qu’en bon cheval, je fasse ce qu’on me dit sans plus me poser de question.

Je n’ai pas eu la séquence cavalière prévue mais une autre sur laquelle je n’avais pas envisagé qu’elle puisse être à cheval. J’étais, comment dire… nerveux.

Mais comme je l’ai su au dernier moment, je n’ai pas eu le temps d’angoisser. J’ai essayé de vaguement négocier de changer de cheval, d’en avoir un plus petit, plus insignifiant, à la personnalité docile des acteurs. J’y suis parvenu auprès du réalisateur mais le manadier a dit : C’est Itak. Il a la classe d’un cheval de manadier. Hop hop hop, respect.

Itak a été extraordinaire de docilité et d’application. Il a dû sentir que j’étais prêt à le virer. J’étais grisé de le voir démarrer à la première avancée des rênes, stopper à la moindre retenue, sans à-coup, tourner au moindre mouvement de regard. Ce cheval, il pourrait te faire croire que t’es Bartabas ! Merci Itak (et Patrick !). Maintenant je n’ai plus peur et mon personnage gagne en prestance. J’espère juste que j’aurai à galoper sur une ou deux séquences.

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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /2010 21:01

Jeudi 8 avril 2010

Deuxième journée de tournage. On s’est attaqué à une séquence des plus difficiles dans laquelle je frappe mon fils. Je sens qu’on va encore me trouver adorable, sur ce film. Non mais on dira sans doute aussi que c’est bien joué. Le réalisateur a multiplié les plans et aura un tel choix au montage que si l’on en ressort mauvais, j’écris au monteur ! Personnage dur mais de ces patriarches qui traînent leur droiture et leurs failles. Des personnages humains, au bout du compte, même s’ils aiment la corrida (là, c’est gratuit…). Ne me frappez pas ! J2L, range ton flingue !

Hier, nous fêtions l’anniversaire de l’actrice qui interprète Carmen. Vingt ans ! J’ai eu l’honneur de gratter la guitare avec le groupe flamenco. Encore un vieux rêve réalisé.

Demain, scène à cheval. Entre autres. Cette séquence aurait dû se tourner plus tard mais on a choisi de la tourner demain à cause d’une météo favorable. Elle ne le reste jamais très longtemps. Ce qui veut dire qu’au bout de trois jours de tournage, j’aurai surmonté les principales difficultés du film. N’allez pas vous imaginer que je serai pour autant en vacances. Je serai loin d’avoir terminé.

Après cette journée hippique, direction la gare et retour maison. Ça commençait à faire long, ces deux semaines.

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Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /2010 19:46

Mercredi 7 avril 2010

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Vous le reconnaissez ? C’est Itak ! Mon cheval ! Je me suis approché du troupeau, tous s’en foutaient, sauf Itak, mon cheval, qui m’a reconnu. Il m’a fait un immense plaisir en manifestant cette attention. J’avais bien noté, hier, deux ou trois gestes affectueux mais ça m’étonnait venant de ce gros animal aussi trouillard que moi. Me voilà réconcilié définitivement avec la gente chevaline déjantée.

Mais ne nous y trompons pas, l’événement du jour, c’est notre premier jour de tournage de Carmen ! Comme nous étions très bien préparés, la journée s’est passée comme un vingtième jour de tournage. Je n’irai pas jusqu'à dire qu’il n’existait pas une part de trouille ou d’inconnue mais en tout cas, pas de tension comme l’on peut en connaître quand un tournage démarre.

Seul bémol, une drache nordique est venue abréger la journée de deux plans. Tout va bien, quoi !

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Mardi 6 avril 2010 2 06 /04 /2010 08:47

Mardi 6 avril 2010

 

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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /2010 08:39

Lundi 5 avril 2010

Hier, nous étions à la corrida. Enfin, une novillada. Celle du matin, avec de jeunes toreros. Sujet tabou qui ne manque pas de heurter les anti-corrida, majoritaires. On y allait pour le boulot.

Je rappelle pour ceux qui n’ont pas suivi que je vais tourner dans Carmen de Jacques Malterre. Ce sera une adaptation de la nouvelle de Prosper, resituée en 1910 en Camargue, avec gitans, manadiers, saliniers, et le fameux toréador. Je serai doublé pour une cascade à cheval et l’acteur qui joue le torero est doublé aussi par un vrai.

C’est ce vrai que nous allions voir toréer, ce matin. Il s’appelle Romain Perez. Un jeune arlésien fin, sensible, grand, aux allures gauches d’adolescent attardé, toujours souriant. Dès qu’il est face au taureau, l’ange se métamorphose en… ben, en torero qui brave la bête, dialogue et danse avec elle puis finit par la tuer.

Des trois toreros, il est le seul à avoir réveillé les mouchoirs blancs de l’arène et ramassé deux oreilles. Quand les taureaux sont faibles, que les picadors se trouvent trop insistants, que l’estocade est ratée, on n’est pas loin de la boucherie. Les anti peuvent enrager.

Matalo ! Matalo ! (tue-le) scande la foule quand elle voit que la faena est forcée, que la bête est trop faible. Certains peuvent y entendre des cris sanguinaires quand il ne s’agit que d’une prière de voir abrégées les souffrances vaines d’un taureau trop affaibli ou peu combatif.

Et puis soudain arrive la faena magique dans laquelle on a l’illusion d’une communion mortelle. Frissons, larmes aux yeux. On a assisté à un rituel dans lequel il n’est plus question d’homme et d’animal mais de quelque chose de totalement indicible, extrêmement beau et fort, où ce qui se joue n’est pas la mort mais peut-être la vie.

Difficile à faire entendre à ceux qui ne voient qu’un homme en habits de pacotilles et un taureau qui saigne. Objectivement, rationnellement, ils ont raison. Et en plus, ils sont peut-être végétariens. Ça m’évitera de parler du cochon de la ferme, du mouton de l’aïd, du poulet en batterie, du saumon d’élevage, du soldat sur le front… Mourir, c’est jamais top.

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Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /2010 21:49

Vendredi 2 avril 2010

Hier, j’ai fait étalage de mes trouilles, livré en pâture mes faiblesses mais il ne faut pas exagérer. Il n’y a pas que moi. Itak, par exemple, ce grand cheval que l’on m’a redonné aujourd’hui, si fier, si grand, si autoritaire, si mâle, c’est un gros trouillard, en vérité.

Lors d’un galop (car j’en ai fait pas mal aujourd’hui), mon chapeau s’est envolé. Patrick l’a ramassé et est venu me le rapporter. Eh bien, Itak, un chapeau qui passe près de ses yeux, au-dessus de la tête, ça le panique. Il s’imagine je ne sais quoi. Ça lui rappelle je ne sais quel souvenir, nourrit je ne sais quel imaginaire chevalin. Il faut voir la trouille. Mouvements vifs de la tête, reculade, embardée et tout ça se termine par un galop effréné, comme si le diabolique chapeau le poursuivait. Une vraie poule mouillée, mon Itak !

Je sais que vous n’êtes pas totalement imbéciles et que vous m’imaginez déjà, bringuebalé tel un pantin dans la course folle de l’animal trépide (le contraire d’intrépide). Gaussez-vous, allez-y ! Et pourtant, figurez-vous que… non, rien du tout. Je me suis tenu minablement à l’avant de ma selle, laissant le froussard à sa fuite idiote, en mode « le tout, c’est de garder un semblant d’équilibre ». Quand j’ai estimé qu’il avait eu la distance nécessaire à l’expression et à l’apaisement de ses paniques phobiques, je lui ai intimé l'ordre de s’arrêter. Et il l’a fait.

Certes, j’étais assez éloigné du dessin de la fière silhouette de mon personnage, pendant cette course désespérée, semblant peut-être exprimer, aux yeux d’un observateur sensible, un peu de compassion pour mon destrier. Mais j’en suis resté maître. Jusqu’au bout. Le trauma a été dépassé. C’est un dépassement incroyable de soi que j’ai accompli à travers cette expérience.

Je me mettrais bien à l’équitation, tiens ! Elles sont touchantes ces bestioles.

Bon mais, en dehors de ces considérations équestres, j’ai omis de vous dire que mon projet de documentaire a connu une nouvelle avancée, des retours enfin positifs. J’aurais envie de dire que c’est bien parti mais comme je l’ai déjà dit à tort, je vais me contenter d’un Inch’Allah. Le passage du dossier dépendra des lecteurs, de leur humeur, de leur univers psycho-affectif, de leur état de santé, de leur intérêt ou allergie à la sourcellerie.

Ce soir, je me couche tôt car hier, nous fêtions l’anniversaire du réalisateur avec tellines et flamenco. Et demain matin, on répète !

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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /2010 18:30

Jeudi 1er avril 2010

Avant d’aller à mon entraînement équestre, j’étais persuadé que j’allais mourir. J’ai failli appeler compagne et enfants pour leur dire ce qu’ils devaient faire de mes affaires. J’exagère à peine. En fait, j’étais pris d’une peur panique fondée sur le souvenir d’une connerie de jeunesse. Vers les 14 ans (quand je ne sais plus trop, je dis 14 ans), avec des copains, on était allé taquiner des chevaux dans un champ. Pour faire le malin, j’avais monté à cru une espèce de percheron qui s’était emballé, me faisant chuter à plein galop près d’un tas de bois. À quelques centimètres, je me mangeais les bûches en pleine poire (j’essaie d’être fidèle à mon langage de l’époque).

Je suis pourtant trouillard. Mais vraiment. Tout petit, j’avais le vertige sur un tabouret. Pour me prouver que j’étais un homme, un vrai, dès que j’en ai eu l’âge, je me suis mis à grimper au sommet des plus hauts arbres. J’avais toujours le vertige (surtout quand il s’agissait de descendre) mais ma fierté arrivait à calmer la peur.

Le cours d’équitation a été fort bien mené par Patrick (un vrai manadier). Il a commencé par me mettre sur un vieux canasson un peu fainéant, petit comme un camarguais et obéissant comme un élève de CE2. J’ai tenu le galop en n’arrêtant l’animal que lorsqu’il était nécessaire.

Voilà, je ne suis pas mort. Ne touchez pas mes affaires, s’il vous plait !

Par Bernard Blancan - Publié dans : blancan
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