Photos Thierry Colombeau rebidouillées par mes soins
Mardi 20 avril 2010
Hier, j’ai tué Manolo et une horde de gitans m’a sauté sur le paletot. Au dernier moment, j’ai appris que je serai
à cheval pour cette scène aussi.
On est aux Saintes-Maries. Pas possible d’aller chercher Itak ou Éole. Patrick appelle un copain qui est dans le
secteur et peut nous livrer un canasson camarguais qui porte la même marque qu’Itak. Tu verras, il est brave !
Je le monte pour me rendre à la plage, sur le décors de la scène. Je constate immédiatement que l’animal n’arrête
pas de tourner la tête d’un côté ou de l’autre pour s’assurer que ses copains le suivent. Il n’est pas disposé à oublier qui il est ni d’où il vient pour se consacrer tout entier aux trajectoires
qu’il me conviendrait de lui faire emprunter à ma guise.
Quand le caballo se met à manifester quelque signe d’impatience, son maître me dit « ne vous inquiétez pas,
il est brave. Mais la mer, ça les énerve… ». Un rien les chiffonne, ces bestioles !
La scène à jouer : je suis sur le cheval, un fusil à la main. Une quinzaine de gitans accourent et me
descendent du cheval pour me tabasser. Évidemment, l’animal est sensé rester calme et sans réaction. Comme dans un film.
Heu… Patrick, je serai d’avis qu’un vrai cavalier répète la scène sur le cheval pour voir comment il va
réagir.
T’inquiète, je vais le faire, me parternalise-t-il (ça, c’est pour Claude).
La scène se répète donc avec Patrick. L’animal renâcle, secoue la tête, tape du sabot, recule, exprime une
nervosité dont j’avoue la légitimité. Mais Patrick s’y connaît en chevaux. Ils est allé jusqu’aux States pour parfaire sa monte.
Heu… donc, là, ça va être à moi, c’est ça ?
Que c’est haut, un cheval ! Que ça bouge.
Je ne vais pas faire durer un suspense inutile. La scène s’est bien passée. À chaque fois, le seul moment où je me
suis senti rassuré, c’est quand les gitans m’arrachaient de ma monture pour me tabasser. Je les aurais embrassés. Mais ça ne convenait pas au personnage.
Si..., un incident aurait bien pu se produire quand je me suis retrouvé pendu à la selle par une jambe. Si le
cheval était parvenu à s’enfuir, j’aurai joué la cascade de l’indien bringuebalé lors de l’attaque de fort Alamo.
Patrick m’explique. Le cheval, il peut bouger la tête, frapper le sol du talon, vouloir te taper, tu n’as rien à
faire. Tu te dis "Et alors, t’es pas content ? Je m’en fous, c’est moi qui suis sur ton dos et tu iras où je voudrai !"
En ville (je ne précise pas la quelle par peur de représailles mafieuses), plus tard dans la soirée, je vais me
réapprovisionner en cigarettes. Il y a une queue (pas de cheval) anormalement longue devant le comptoir du buraliste. À l’intérieur du bar-tabac-PMU, la clientèle a déserté. Le patron, un petit
provençal à chemise noire a trouvé semble-t-il un assistant en la personne d’un bikeur arrondi à la bière et dont le buste est un vaste tatouage partiellement couvert d’un boléro en cuir noir. Ça
rit fort. Ça chahute avec la lourdeur d’une Harley bien graissée une jeune bourge qui croyais s’en tirer avec un rendu de monnaie et son paquet de clopes.
La file n’en mène pas large, chacun s’efforçant de coller sur son visage un masque de sourire dont l’élastique est
prêt à lâcher au moindre haussement de voix. On dirait qu’il y a eu un putsch dans le troquet. On peut se demander si ce n’est pas un hold-up. Le patron ligoté derrière le comptoir et les gros
bras qui vont encaisser jusqu'à faire dégueuler le tiroir.
Et puis le bikeur, de la poche de son pantalon cuir, extrait une petite boîte blanche, façon cachous. Une petite
ligne ? Et voilà qu’il étale de la coke sur la main du patron qui s’empresse de la snifer.
Oh putain, ça va déjà mieux ! dit-il, un petit nuage blanc sous les narines. Il refuse néanmoins le petit
jaune que lui tend son énorme collègue et continue à servir. Ça va être à moi.
Le patron et son collègue se marrent en toisant la clientèle bien rangée par ordre peut-être alphabétique. Je vois
des flics partout avec la coke, éructe le balèse.
Non, les flics, ils sont passés tout à l’heure. Ils m’ont pris le calibre ! Ha ha ha.
C’est mon tour. Un Winston ultra 25, s’il vous plait. Avant de me servir, le patron accepte un second rail pour la
route puis me prend à partie : le problème c’est que vous pensez tous à rentrer tranquillement dans vos maisons, pépère, pour regarder Docteur house. Mais la vérité, c’est que vous avez peur
de vos femmes. Les mecs, ils ont peur de leur mère, de leur maîtresse d’école, de leur fiancée puis de leur femme. Ils oublient qu’elles ne sont là que pour être baisées !
J’acquiesce vaguement dans un sourire forcé. Oui, c’est comme les chevaux !
Tu baises les chevaux, toi ?
Heu… J’encaisse la monnaie et me barre sans vérifier si le compte y est.
On dirait le Sud…