Mode d'emploi : J'écris au jour-le-jour, à la première personne, depuis 2004, pour témoigner d'une vie d'acteur sur le long terme, m'obliger à ne pas oublier, le parcours, l'écriture, tisser un
lien avec des lecteurs grâce aux commentaires. C'est imparfait, parfois inutile, souvent à côté. On verra bien.
Voilà justement le type d'écrit je veux éviter. C'est genre "je me prends au sérieux" un peu niais. Quand je fais un truc comme ça dans un article, je le laisse car c'est le jeu du journal.
Si la lucidité éveille l'orgueil, j'efface. Bonne lecture!
Heu... si vous cherchez de l'intimité, de la vie privée, vous serez déçu.
Jeudi 28 mai 2009
Une journée passée à tourner des scènes de voiture, c’est vraiment chiant. Le temps de préparation est fastidieux et le temps de jeu, infiniment court. La journée n’en finit donc pas d’attentes.
Mais au final, ça donnera des plans courts très efficaces.
Tous les copains français de mon personnage ont fini. Les derniers, ceux du jour, étaient Hocine (Lyes Salem) et Paul (Thierry Neuvic). Ils ont été applaudis. Il ne me reste qu’Élisabeth (Adélaïde
Leroux) pour lundi, le dernier jour en France de Suerte.
Mercredi 27 mai 2009
Séquence chez Paul. Un pote de Christian (c’est moi). Sa femme était interprétée par Maryline Canto. On se connaît mais on n’avait jamais tourné ensemble. Éh bien c’est elle qui a trouvé la phrase
du jour. Une prise est moyenne, elle sort : « enlève tes babouches ! » Cette expression résume à merveille notre métier.
Très jolie séquence, encore. Les filles et le collègue étaient super. Simple, tendre. Une de ces scènes qui racontent quelque chose dans le texte et tant d’autres quand elles sont incarnées. C’est
en ça qu’un scénario éloigne de la littérature tandis que le cinéma, quand il est bien fait, s’en rapproche (clin d’œil…).
J’avais la soirée mais aucune envie d’aller flâner à Orléans. Je ne connais pas bien mais à la première impression, c’est une ville propre sur elle, déserte à partir du 20 heures, patrouillée par
la police, filmée par des caméras de surveillance, le Figaro sur le comptoir des bistrots déserts. Mais sans doute demande-t-elle plus de curiosité que je n’en témoigne…
Soirée cellule, donc. Ça fait pas de mal (quand c’est choisi). Musique, popote, blog, lecture. Les finalistes n’ont qu’à taper dans la balle !
Mercredi 27 mai 2009
On a tourné de jolies séquences avec Henriette. Dans la dernière de la soirée, j’étais seul dans ma cuisine à remonter mon arme. Il fallait le faire avec l’impression d’une grande habitude. À la
dernière prise, j’ai tout bloqué de travers.
Ce soir, on termine à des heures raisonnables. J’aurai le temps de déposer un article plus conséquent. Où d’aller boire un verre en ville…
Le film avance, avance et je ne vois pas trop ce qu’il y a à jeter pour l’instant.
Mardi 26 mai 2009
Orléans, encore, après un week-end d’été parisien. Les scènes d’hier semblaient simples à tourner mais il leur a fallu leur temps. On a dépassé d’une heure. En tournant les dernières scènes
de voiture en ville, on a eu le loisir de constater qu’Orléans possède un parc impressionnant de voitures de Police Municipale qui patrouillent la nuit. Ils doivent craindre pour les statues de
Jeanne ! ‘faut pas les emmerder, les Orléanais (dans les beaux quartiers)…
J’ai comme l’impression que chaque film me transforme un peu. Celui-là, il travaille en profondeur. Ce sera l’objet d’un futur article.
Hier, j’ai fait les essayages costumes pour Hors la Loi. Le costard années 50, ça a de la classe. Si tu rajoutes imper et chapeau, c’est grande classe…
Bon, allez, je tourne en début d’aprem. J’vais pas traîner !
Samedi 23 mai 2009
On ne doit pas être loin de la moitié de Suerte. Un gros tiers, disons. Quand on a un rôle principal, on est obligé de rêver que le film va sortir avec plein de copies, qu’il sera une réussite, une
référence, un succès critique et public.
Mais quand tu as 50 balais, que tu as « démarré » sur le tard, façon diesel, tu sais que tout ça, ce sont des chimères. Alors, tu fais le film. Ce qui compte, c’est chaque plan. Juste pour que tu
aies le moins de choses à te reprocher sur la suite. Tenter de forcer la chance. Mais, objectivement, un film sombre sur un braqueur en cavale, interprété par un acteur pas connu (pas vraiment
connu, allez, admettez-le!), a au mieux sa chance en festivals puis dans le circuit « cinéma d’auteur ».
Mais une chose est sûre. C’est le plaisir que nous avons à le faire, ce film. Et en tant qu’acteur, c’est toujours un régal de créer ce personnage sous l’œil intransigeant de Jacques. Il ne laisse
rien passer des facilités et j’adhère à toutes les directions qu’il emprunte. Ce ne sont pas les plus faciles. On avance sur un fil, dans le brouillard, avec acharnement et précision.
Hier nous avions les scènes d’hôtel. Scènes d’amour que j’appréhendais plus que tout. Ça a été très soft, étrangement facile, sans embrouille affective ou pulsionnelle (contrairement à ce que
laisserait penser le plus commun des fantasmes). Tout s’est passé dans un grand respect de tous et de chacun. Au final, une jolie scène très pudique et un peu de lumière dans le monde de Christian.
Suffisante pour éclairer les séquences suivantes.
Week-end dans la vraie vie. Les impôts à faire avant de repartir. La copine qui trouve que le copain est un peu trop dans son personnage. Les amis qui trouvent qu’on ne se voit pas des masses. Il
en sera ainsi jusqu’au 17 juin. Impossible de relâcher d’ici là. L’aventure continue, jour après jour et elle est passionnante.
Indigènes, sur France 3, a fait 4,2 millions de spectateurs. Très très honorable !
Vous devez trouver que les derniers articles sont un peu teintés de gravité et se la racontent un peu. Mais, ho, les gars, je ne suis pas en vacances, moi !
Vendredi 22 mai 2009
Préparation du sac, coup de balai. Le week-end commence ce soir !
Suerte avance, avance. Chaque séquence tournée s’avère plus difficile qu’il n’y paraissait au scénario. L’écriture resserrée a pour effet de faire basculer rapidement chaque scène d’une humeur à
l’autre. Et dans le jeu, ce n’est pas le plus facile. Trouver la justesse de la bascule.
C’est le prix à payer pour un film dont je ne pense pas qu’on puisse reprocher la direction d’acteur.
Si la veille, on a terminé avec plus d’une heure d’avance, ce fût l’inverse hier soir.
Cet après-midi, chacun des concernés appréhende les scènes d’hôtel.
Heu, pour Hors la loi, on sera tous du casting. Les 5 !
Jeudi 20 mai 2009
Les jours se suivent et… Oui, c’est un blog. Donc les humeurs varient.
Hier, je m’interrogeais sur ma mâlitude de voyou. Et puis on a tourné le casse et ses préparatifs. Depuis le casse, tout est en place !
Ben oui, le doute fait partie du travail. En croyant que tout va bien, on continue sur la même voie, avec une marge d’erreur qui augmente en avançant sur une trajectoire possiblement fausse.
Bref, la remise en question fait partie de mon système de navigation.
On tournait dans une cité. Et je me suis livré à la signature d’autographes et aux photos au portable. Wesh, Indigènes, j’te reconnais vit’ fait ! Ta mère est arabe ! Hé oui, dans la cité, ils
n’ont pas attendu ce soir à 20h45 sur France 3 pour voir le film…
Bon, j’ai le temps d’aller faire un saut au Carrefour Market pour acheter une ampoule qui viendra compléter la lampe de chevet que je me suis achetée hier. Comme nous entrons dans des horaires plus
en accord avec le système solaire, je peux recommencer à lire.
Mercredi 20 mai 2009
Suerte continue. Le coup de fatigue s’estompe puisque les nuits finissent désormais avant que le soleil se lève. Drôle de décalage qui vous rend cotonneux, à côté.
Première scène hier avec une partenaire féminine. Ça donnait un peu d’air dans ce monde de testostérone. L’axe du mâle, comme dit Claude.
Ce soir, je retrouve les copains pour braquer le PMU. Non, parce qu’on va pas mollir, quand même !
J’ai mes petites angoisses par rapport à mon personnage. Est-ce que je suis crédible en braqueur ? Suis-je suffisamment mâle, justement ? Pour l’instant, je n’ai pas regardé une seule image. Je
vais peut-être jeter un œil ce soir sur une ou deux prises. Mais je sais que l’essentiel de mon travail est désormais dans ce sens. Les autres aspects, la fragilité cachée, la solitude du braqueur
de fonds, tout ça, je le trimballe à souhait.
Sinon, il fait beau et c’est appréciable, même si on nous vole la moitié du soleil.
Mardi 19 mai 2009
Je serai bref aujourd’hui. Levé à 14 heures après une nuit qui se terminait à 6 et convocation à 17 heures pour la prochaine. Ce qui ne me laisse que trois perso.
Ces deux dernières nuits, nous étions dans une clairière avec les chouettes et les otages. Bien passé. Mais je n’entre pas dans le détail. Gros coup de fatigue qui n’a pas déteint sur les séquences
tournées.
Je vous ferais bien une petite chute qui fait sourire mais ça sera pour une autre fois.