Mercredi 11 avril 2012
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15:49
Rentré ce midi du tournage Landais. Mais La Nouvelle d’hier concernait un autre tournage. Et elle était très
mauvaise. En décembre, j’avais passé des essais pour un Pagnol que réalisera Daniel A. J’avais repassé de nouveaux essais, il y a deux semaines. Le résultat est tombé : je ne jouerai pas
Piquoiseau. Cette nouvelle vient après une attente de près de quatre mois. C’est vraiment dommage. Si encore le réalisateur avait été présent aux essais, on aurait pu au moins faire une vraie
séance de travail, de recherche, à l’issue de laquelle il aurait pu faire un choix en connaissance de cause. La digestion aurait été plus facile. Mais bon, c’est du passé.
Néanmoins, cette mauvaise nouvelle vient après d’autres, dans un contexte où les nouvelles, bonnes ou mauvaises, se font rares.
Au-delà de ce non événement, c’est un déclic qui s’opère en moi. La sensation profonde d’une fin de cycle.
Chez moi, un cycle s’exprime par des changements radicaux et profonds. Je ne fais pas les choses à moitié et suis capable de
prendre les décisions les plus saugrenues, dans ces phases transitoires. En fin d’adolescence, j’avais signé 18 mois pour partir faire mon service loin, à l’étranger. Pour l’antimilitariste que
j’étais, c’est la preuve que mes décisions n’ont pas peur de certains renoncements. Ensuite, j’avais bossé, dans une mutuelle.
Après l’impression de m’enliser sans une vie trop tristounette, j’ai décidé de reprendre les bancs de la fac. IUT, Licence. Mais
mon envie, c’était d’être acteur. J’avais pratiqué en amateur depuis mon enfance. Alors j’ai tout mis en place pour ça et suis devenu « pro ».
Je me suis alors retrouvé dans un spectacle de Christian Colin avec, justement, tiens, un personnage à la Piquoiseau. J’étais
Bordelais, alors. Le metteur en scène m’avait dit : « t’es un bon et si tu veux faire ce métier, il faut que tu partes à Paris ». J’avais réfléchi et finalement choisi de rester à
Bordeaux. Dans ces conditions, comment poursuivre ce projet d’être acteur ?
Pas de problème. J’ai passé le concours d’instit et je l’ai eu. L’éducation nationale ne m’a pas fait longtemps rêver. Les
planches me manquaient trop. Ok. Je vais être acteur Bordelais, mais je vais faire mes spectacles.
À une certaine époque, j’ai fait deux trois conneries dans des émissions de Bernard Rapp. J’ai tenté alors un premier passage à
Paris. Quelques mois seulement. Et comme je bossais encore à Bordeaux, j’ai tout plaqué encore et suis allé me perdre dans les bois d’Uzeste puis m’enfermer dans la jolie cité de Bazas, me
demandant bien ce que j’allais faire de mon futur. Et puis Hélène Angel est venue me sortir de mon trou pour me faire tourner dans Peau d’Homme, Cœur de Bête.
À ce moment-là, commence un cycle ascensionnel qui me voit débarquer à Paris. Caumon, Fernandez, de la télé, Bouchareb... Il
s’achève pour moi en mai 2006, avec le prix d’interprétation partagé avec mes quatre camarades de jeu. Un acteur ne peut rêver mieux. Mais voilà, pas de presse, pas de gros films, la sauce ne
prend pas. Trop de rôles antipathiques.
Le second cycle démarre alors, en forme de lente dégringolade, avec ses plus ou moins petites humiliations, ses quelques
retours de gloire. Il s’achève par un certain retour aux sources.
Bref, aujourd’hui, l’avenir est à imaginer différemment. Avec les années qui se sont additionnées inexorablement, il va
falloir revoir les ambitions. Il y aura toujours une place pour l’acteur (il y en a toujours eu). J’ai ouvert les portes du magnétiseur, du réalisateur. Deux bouquins. Mais très concrètement,
comment vais-je gagner ma croûte ? J’ai des pistes. Juste des pistes. Il faut s’attendre à des changements importants…