Mode d'emploi : J'écris au jour-le-jour, à la première personne, depuis 2004, pour témoigner d'une vie d'acteur sur le long terme, m'obliger à ne pas oublier, le parcours, l'écriture, tisser un
lien avec des lecteurs grâce aux commentaires. C'est imparfait, parfois inutile, souvent à côté. On verra bien.
Voilà justement le type d'écrit je veux éviter. C'est genre "je me prends au sérieux" un peu niais. Quand je fais un truc comme ça dans un article, je le laisse car c'est le jeu du journal.
Si la lucidité éveille l'orgueil, j'efface. Bonne lecture!
Heu... si vous cherchez de l'intimité, de la vie privée, vous serez déçu.
Jeudi 10 juin 2009 On est en prison jusqu’à la fin. Et il fait beau. Demain, je tourne en anglais.
Pas le temps de m’étendre car on a fini tard et on commence tôt. Mais je ferai plus long demain…
En attendant, voici les dates d’avant-premières de No Pasaran dans le Sud :
MONTAUBAN Cap cinéma 17/06 à 20H00
ALBI Lapérouse 18/06 à 20H15
BIARRITZ Royal 19/06 à 21H00
OLORON SAINTE-MARIE Luxor 20/06 à 21H00
TOULOUSE Gaumont Wilson 22/06 à 20H30
SAINT-GAUDENS Régent 23/06 à 20H30
MONTPELLIER Diagonale Capitole 24/06 à 20H00
CARCASSONNE Cap Cinéma 25/06 à 20H00
TARASCON sur ARIEGE Centre Multimédia 26/06 à 21H00
PERPIGNAN Castillet 27/06 à 19H10
BORDEAUX Mégarama 30/06 à 20H0
Je devrais être au moins à Toulouse, Oloron et Bordeaux...
Mercredi 10 juin 2009
Extérieurs-nuit, vent, pluie. Arrestation musclée. Les menottes, ça fait mal, en jeu. Ça tire, ça pince, ça écrase. Et comme on fait plusieurs prises, plusieurs plans, ça multiplie. Parmi les
figurants, il y avait un vrai flic. À la première répétition du moment où il me met dans la voiture, j’ai bien fait de n’attacher qu’une menotte, sinon je me serais déglingué les poignets, la tête,
le dos. Je plains les mecs qui se font serrer par lui. Il doit être du genre à savoir ce qui fait mal…
On devait terminer à deux heures du mat. On a presque pris une heure dans la vue. Comme, jour après jour, on avance les heures de convocation pour finir la semaine en jour, on rogne sur le temps de
repos, le temps où l’on n’est pas avec l’équipe, le temps où l’on glande.
Sinon, ce qu’on fait tient toujours bien la route. C’est ce qui compte. Mais bon, le corps, lui, geint de ses douleurs articulaires. Petite nature.
Mardi 9 juin 2009
La fatigue commence à se faire sentir. Pas celle d’une nuit de travail. Une fatigue plus profonde, plus insidieuse. Allez, encore une semaine, pas question de lâcher quoi que ce soit.
Je me suis réveillé avec un taux de satisfaction, par rapport à ce qu’on a tourné hier, de 65%. Quand on s’est habitué à une plus grande réussite, on se prendrait à nourrir des regrets. Il ne faut
pas, je sais.
Aujourd’hui, il ne pleut plus. Juste eu le temps de se lever, s’habiller, ingérer quelque nourriture, glisser trois lignes sur le blog et il faut repartir pour une journée qui s’achèvera à deux
heures du mat.
Lundi 8 juin 2009
C’est le deuxième parapluie que j’achète ici. Non, non, vous n’êtes pas les seuls à vous mouiller !
Bon, comme prévu, la soirée de samedi s’est terminée tard dans la nuit, dans un état qui fixe un sourire niais sur le visage, un temps de mise au point occulaire qui s’allonge en même temps que se
manifestent quelques troubles de l'équilibre. Agréable moment de détente et de danse gymnaste.
Cet après-midi, ce sera sieste sans compter car ce soir, on tourne jusqu’à 5 heures du mat. Le soleil est taquin. Il suffit que je parle de sieste pour qu’il montre le bout d’un
rayon.
Samedi 6 juin 2009
Tourné avec deux acteurs espagnols fort bons (le commissaire et l’avocat). Ensuite, je me suis fait promener sur un brancard, dans les couloirs d’un hôpital.
On a tourné ce qui sera la fin du film (je ne vous raconterai pas). Et ça tient bien la route.
Demain, c’est repos. Et comme lundi, on commence à 20 heures, ce soir, c’est la fête. Une fois n’est pas coutume.
Je dois perdre du poids pour Hors la loi mais avec la nourriture espagnole, je suis en train de prendre 50 kilos. Il va falloir que je trouve un trouc (comme dirait Maga, l’habilleuse) pour me
nourrir sans me goinfrer. Et les tapas et autres spécialités locale, c’est pas trop ça ! Tu commandes une ensalada et tu te retrouves avec un plat de patates à la mayonnaise !
Vendredi 5 juin 2009
Journée de tournage au Monastère de Samos. Très paisible comme atmosphère.
En revanche, on s’est heurté à une bande de pèlerins plus cons que la moyenne (on est sur la route de Saint-Jacques). Ils faisaient la queue dès neuf heures pour visiter rapidos le lieu et faire
tamponner leur certificat de la course au trésor. Comme on tournait à l’entrée, ils nous pourrissaient la séquence en vociférant parce qu’on ne leur ouvrait pas (alors qu’il n’était pas
l’heure).
Les mecs se tapent des dizaines de kilomètres à pied pour racheter un brin de bonne conscience, tenter l’aventure initiatique et s’avèrent mesquins, tout petits dans leur tête, bêtes et étriqués
comme des pieds gonflés dans leurs patogaz !!!!
Jeudi 4 juin 2009
Lugo. Une petite ville encerclée de murailles romaines. Sa grand place et ses cafés qui sortent des arcades et se prolongent en terrasses, sa cathédrale trop richement ornée, ses ruelles piétonnes
et commerçantes, ses petites ouvertures sur des bars à tapas en couloir. Wi-fi à l’hôtel et bar-resatu fumeur. En bref, pas à me plaindre.
Demain, nous tournons dans un monastère assez éloigné. Et comme on commence les premiers tours de manivelle à neuf heures, ça veut dire que je ne ferai pas de vieux os. Journée de transports, quand
même : métro, RER, Orly Val, Madrid, A Coruna et une heure de voiture. L’atterrissage à A Coruna est impressionnant : une seule piste qui semble très courte vue d’en haut, perchée sur une colline.
Il faut bien viser !
Mardi 2 juin 2009
Quelle journée ! Je ne raconte pas tout, bien sûr ici mais elle a été très remplie. Pas une minute à moi.
Pour ce qui est du professionnel, j’avais, cet après-midi, un essayage costumes pour Hors la loi, en présence du réalisateur et de son assistant. Il fallait voir la tête de Rachid. Fermé comme une
huître : non, ça, ça va pas du tout. On dirait qu’il va à un mariage ! Non, pas cette couleur, c’est trop proche d’Abdelkader ! Celui-là va bien mais il est mal taillé. Je veux qu’ils aient de
l’allure !
J’étais complètement impressionné par sa détermination et sa précision. Une leçon de mise en scène et d’autorité. Je vous jure que je ne mouftais pas. Plus question de lancer une vanne ou de faire
un bon mot. Je m’habille, me déshabille, change de costard, vais me montrer au soleil.
C’est bien ça, je me souviens, il est comme ça, Rachid. C’est pour ça qu’il est bon.
On est ensuite repartis ensemble et Rachid est redevenu le mec sympa de la promo d’Indigènes, ouvert, souriant. Incroyable, ce mec !
J’avais ensuite rendez-vous avec un réalisateur dont j’ai lu le scénario du premier long-métrage dont il me proposait d’interpréter un des personnages. C’était une rencontre prometteuse mais nous
nous sommes heurtés à un problème de taille : les dates. Quand le tournage commence, je serai en Tunisie sur le film de Rachid. Et avec une coupe de cheveux d’une époque qui serait assez étrange
dans le second film. Dommage.
Lundi 1er juin 2009
Déjà en boîte, Corbeil et Orléans. Il ne reste plus que l’Espagne.
On a encore tourné, aujourd’hui, de bien belles séquences avec Élisabeth. Sur l’ensemble, je suis ravi-ravi. Les retours producteurs sont également très bons.
C’est étrange, comme situation. Être plus que satisfait artistiquement de ce que nous faisons, (comme peut-être je ne l’ai jamais été) et rester lucide sur les incertitudes de la suite. On a vite
fait de se prendre à rêver et puis il y a le cerveau droit qui allume le gyrophare : un film, on ne sait ce qu’il est que quand il est terminé. Ok, ok, on va continuer !
Jeudi matin, départ vers l’Espagne pour la dernière longue ligne droite. ‘Faut pas mollir !
Dès les premiers jours de tournage, on a eu de la chance avec le temps. Il faisait beau quand on était dehors et il pleuvait dès qu’on rentrait. J’ai alors dit qu’on en aurait jusqu’au bout malgré
le nombre d’extérieurs. Un premier film qui s’appelle Suerte, c’est un peu la moindre des choses.