Ça y est, la première version est bouclée. Nous la visionnons demain matin.

Voilà justement le type d'écrit je veux éviter. C'est genre "je me prends au sérieux" un peu niais. Quand je fais un truc comme ça dans un article, je le laisse car c'est le jeu du journal. Si la lucidité éveille l'orgueil, j'efface. Bonne lecture!
Heu... si vous cherchez de l'intimité, de la vie privée, vous serez déçu.
Ça y est, la première version est bouclée. Nous la visionnons demain matin.
Deuxième jour de montage sur les trois semaines restantes. Après nous être attaqués à la fin du film, nous avons ouvert un nouveau front sur le début. Et nous avançons, avançons, jusqu’à ce que les deux chantiers se rejoignent. Vendredi, nous avons une projection avec Céline, la productrice. Elle ne verra pas le même film que celui que nous avions projeté le dernier jour de la première session.
J’avais eu la fâcheuse tendance de me cacher derrière une figurine de hibou que je casais, avec une voix-off, dès qu’une information devait être balancée. Désormais, j’endosse une bonne part de ces voix en étant directement à l’image, au risque de paraître complètement allumé, par moments (quand je pèse des citrons, par exemple…). Nous supprimons toutes celles qui sont inutiles (presque toutes). Je remplace, une à une, les musiques précédentes. Ou, simplement, je les enlève.
Cette phase de travail est tellement excitante que, ne pensant qu’à retourner à la mine ce matin, j’en ai perdu le sommeil, la nuit dernière. Ça ne sera pas le cas de celle-là.
J’ai la gnaque aujourd’hui. J’aurais voulu que la journée dure 128 heures pour ce premier jour de reprise de montage. J’avais envie d’essayer toutes les musiques, de glisser toutes les nouvelles images, de tout chambouler, de refaire la fin, le début, le milieu. Je veux du tout neuf, un film nouveau. Je veux l’embarquer dans ma musique, l’habiter avec justesse et émotion. Faire chanter l’image, comme disent les journalistes anglophones. Pas cet assemblage timoré que nous avions peiné à mettre en place.
Le titre a aussi changé. Enfin ! Ce n’est plus Retour aux Sources mais « À distance ». Et justement, le film trop à distance jusqu’à présent, devrait être plus investi. C’est fou ce qu’on peut grandir en quelques semaines.
Voilà exposée, en quelques mots, l’énergie qui m’anime en cette reprise attendue. Final Cut n’a qu’à bien se tenir.
La musique ? Guitare sèche, électrique, piano, basse, bouzouki, flûte… Vous n’en saurez pas davantage. Vous la découvrirez avec le film. Si elle est juste et à la bonne place, vous n’y prêterez aucune attention.
Samedi 20 août 2011
Ça serait pas ma fête, au fait ? Ben voilà, c’est au moment de la reprise du montage que l’été s’est enfin décidé à arriver. Je trouve qu’il exagère un peu.
Comme vous pouvez le lire, j’ai du mal à sortir de la banalité, de la météo. On ne revient pas d’une semaine de vacances en faisant des étincelles spirituelles. Surtout quand on serait du genre diesel…
...
Jeudi 11 août 2011
J’ai composé une bonne quinzaine de morceaux. Je n’en utiliserai vraisemblablement que trois ou quatre. Le reste partira à la poubelle. Ou traînera encore quelques temps dans un disque dur. J’arrête la musique ! Disons que, si je fais un autre film, je me paierai un musicien, un vrai. Je lui dirai quel genre je veux, quelle humeur, quelle durée.
Non, parce qu’à moi, je n’ose rien me dire.
Je suis assez satisfait, tout de même. Et ouais.
Demain, mon fils aîné débarque et nous partons une semaine en Bretagne, rejoindre compagne et enfants, avant ma rentrée-montage.
Mardi 9 août 2011
Les capitalistes son rassurés. Leurs bourses remontent. Ils sont déjà en train de nous concocter le prochain serrage de ceinture.
Toujours dans ma musique et j’avance mieux que prévu. Je ne suis pas certain d’avoir un fort pourcentage de musique utilisable, au bout du compte. Mais justement, je ne compte pas. Je fais.
Demain, je vais voir Mélancholia à 11:05 à Beaubourg, tiens.
Lundi 8 août 2011
On s’en fout de la bourse. On ne mise rien dans ce machin, nous, de toute façon !
J’ai débuté par une musique assez nulle. Comme d’habitude, en pareil cas, je commence par composer un truc seventies, ringard à souhait. Je veux dire, encore plus ringard que la musique que j’écris, en général. Je vois bien, dès le départ que ça n’ira pas. Pourtant, je pose une à une les pistes, avec tous les instruments, histoire d’évacuer une bonne fois pour toutes tout ce mauvais goût qui m’encombre. Ça prend des heures, cette étape. Mais une fois achevée, je peux entamer le vrai travail.
Je pense avoir fait deux ou trois morceaux, aujourd’hui. J’ai également tourné deux séquences pas faciles.
Pas touché au bouquin. Pourtant, ça faisait deux jours que je corrigeais, peaufinais, allongeais. Le temps est sympa avec moi. Il sait que je bosse.
Je me précipite sur le blog parce que l’économie planétaire va mal. Je vais essayer de réfléchir à ce qui coince et voir si je peux apporter des solutions. Pas évident.
Voyons voir… alors, comme ça, les pays les plus riches du monde seraient les plus endettés…
Bien. Réfléchissons un peu. Imaginons. Maurice et Paulette gagnent 7.500 euros par mois. Ils roulent en 4X4 tout neuf, garé devant leur « belle » maison achetée avec un crédit sur 30 ans. Comme il n’est pas toujours facile de joindre les deux bouts (vous comprenez, l’école privée des enfants, la maison de campagne et tout le toin toin…), Maurice et Paulette contractent régulièrement des emprunts complémentaires pour se payer des vacances dignes de ce nom et recevoir correctement leurs amis (les jours de fête chez eux, il y a un boucan monstre. À ces occasions, la rue est encombrée de voitures d’invités qui se garent n’importe comment).
Maurice et Paulette ont beaucoup perdu en bourse, ces derniers temps. Quelle histoire. Ce qu’ils avaient misé, ils l’avaient emprunté, suivant ainsi les conseils d’un ami banquier. Pour se faire pardonner de cette déconvenue, le fameux amis a obtenu pour eux un crédit supplémentaire qui ne serait pas passé si l’on avait regardé de plus près le taux d’endettement du ménage.
Leurs voisins, les Chapilot, ont une maison plus modeste qu’ils ont fini de payer, partent peu en vacances et pas loin. Vêtus simplement, ils se partagent une Mégane 98 deuxième main. Pourtant, ils gagnent le même salaire que leurs voisins. Ils ont un petit potager et offrent de temps à autre quelques tomates et melons à leurs voisins.
Maurice et Paulette les trouvent tout de même un peu pingres. Ils pourraient partager leurs cerises, quand même !
Maurice et Paulette qui, tous deux, parlent très fort et ont un avis sur tout, regardent avec compassion leurs voisins qui se démènent sans profiter de La Vie (la vie selon Maurice et Paulette). Paulette a bien donné l’adresse de son esthéticienne à Madame Chapilot, mais visiblement, la brave dame ne s’y est jamais rendue.
Bien. Inutile d’aller plus loin, on m’a vu venir à 12 kilomètres. Maurice et Paulette sont des espèces de m’as-tu-vu, irrespectueux et goujats. Peut-on dire la même chose des pays riches ? Ce serait un peu simpliste, quand même.
Attendez, ou alors, ou alors… voilà ! Les riches des pays riches dirigent les pays riches. Pour continuer à diriger les pays riches, ils doivent faire croire à tout le monde que les pays riches sont riches, y compris aux pauvres de leur propre pays soi-disant riche. Comme ça, ils pourront être réélus, riches dirigeants des pays riches (qui sont pauvres, en réalité, les pays).
De toute façon, tout ça crée de la crise et la crise, ça profite toujours aux riches des pays faussement riches et à ceux des pays vraiment pauvres.
Et, les pays intelligents et honnêtes, ça existe ? Pourquoi toujours riche/pauvre…
De telles situations, aussi grotesques et cyniques soient-elles, pourraient appeler à un peu d’imagination, à des valeurs de partage et d’équité. C’est ce qui émerge parfois de courants marginaux. D’autres préfèrent se laisser manipuler par de riches populistes érigeant la haine de l’autre en étendard. On n’est pas sortis de l’auberge, tiens !
Mercredi 3 août 2011
Glandouille. Enfin, presque. J’ai encore tourné une séquence cet après-midi. Et je pense aux suivantes. À celles que je vais tourner dans les jours à venir.
Pour tout dire, cette période ressemble un peu à une rentrée. Faire le point, projeter, prévoir les changements à accomplir dans différents domaines. Penser à ceux que l’on a négligé et qu’il faudra appeler. Au minimum, envoyer un mail.
Il est vrai que mon regard sur le monde est, en ce moment, un peu étriqué. Je pourrais m’indigner de ce qu’il se passe en Syrie, applaudir les Indignés de tous les pays, m’intéresser à la campagne électorale, aux primaires, aux Françaises tuées en Argentine, à l’Espagne et à l’Italie qui vont mal. Mais tout ça, il faut bien l’avouer, me laisse froid, m’effleure à peine. Tout occupé que je suis à besogner sur mes petites œuvres. La « création » rend égoïste.
De temps à autre, je pense à mon taf d’acteur. Calme plat. C’est l’été. Mais la vérité c’est aussi que, si je disparais des écrans, petits et grands, je cours vers l’oubli. Beaucoup d’acteurs, dans ce cas, en veulent à la terre entière, cherchent des responsables plus ou moins imaginaires, changent d’agent ou je ne sais quoi. Pas moi. C’est comme ça, le boulot d’acteur. On te veut, on t’oublie. Et puis un jour, on se rappelle, on te rappelle. Et puis t’es vu, tu existes. J’ai un pote, comme ça, qui ne bossait quasiment plus. Et puis, bingo, le voilà propulsé rôle principal d’un film qui a l’air super. Petites choses que nous sommes. En attendant, j’ai encore du pain sur la planche et je me prends à rêver à d’autres films que je réaliserais, d’autres livres que j’écrirais ( ?).
Je vais finir sourcier, vous allez voir !