Pas d’écriture sur le blog jusqu’à mercredi. Vous tiendrez ?
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Voilà justement le type d'écrit je veux éviter. C'est genre "je me prends au sérieux" un peu niais. Quand je fais un truc comme ça dans un article, je le laisse car c'est le jeu du journal. Si la lucidité éveille l'orgueil, j'efface. Bonne lecture!
Heu... si vous cherchez de l'intimité, de la vie privée, vous serez déçu.
Mercredi 4 novembre 2009
Je repars tout à l’heure. Taxi, attente à l’aéroport, retard de l’avion, deux heures 20 de vol, attente au poste de police, chauffeur pour 45 minutes jusqu’à l’hôtel, prise de la chambre, quête du code wi-fi, repas. Le lendemain matin, départ pour le tournage. Une courte séquence dans laquelle je dois dire « c’est la guerre ». Puis tout en sens inverse jusqu’à mon retour chez moi le vendredi vers 17 heures. Tout ce temps, ces attentes, pour 12 secondes de film.
Ça sent la fatigue, la fin de tournage. Il ne restera plus qu’un aller-retour du même type le 17 et une semaine en Thaïlande en décembre. Là, ça sera différent. Du temps pour la balade, le dépaysement, peut-être quelques jours de rabe pour des vacances, juste avant Noël.
Il faut dire que, pendant ce tournage, je me suis fait un déménagement, un aménagement, des travaux, du travail sur le docu et toutes les contingences administratives et familiales. Dans deux mois, ça ressemblera à des vacances.
Le rendez-vous pour le court-métrage a été très plaisant. Ça fait plaisir de voir que les scénars de courts qui arrêtent mon attention s’avèrent chouettes et costauds. Bon, c’est pas fait mais. De toute façon, j’ai l’impression que je ne vais pas m’ennuyer dans les mois à venir.
Lundi 2
novembre 2009
Que de poussière chez moi ! Travaux, travaux…
Samedi, j’avais rendez-vous avec une de mes productrices pour peaufiner de dossier qui partira à la PROCIREP pour Retour aux sources. Contrat signé. Le projet a fait un bond. Je l’appellerais bien « Clémentines à distance » moi, maintenant.
Le casting, je ne sais pas ce que ça va donner. Tu montes à cheval ? Oui, bien sûr ! Si je suis pris, une reprise s’impose. Ils sont bien capables de me demander de garder la moustache.
Rendez-vous dans l’après-midi avec un réalisateur pour un court-métrage rigolo. Ce matin, j’ai d’ailleurs salué mon voisin de palier qui est réalisateur de séries pour Canal. Le monde est petit.
Maintenant que j’ai fait les factures, classé les papiers, dépoussiéré ce qui pouvait l’être, classé, travaillé en
écriture, je vais peut-être pouvoir envisager de profiter des deux jours qui précèdent mon retour en Tunisie, le paradis rose des petits ânes et du bon vivre.
Ça y est, je suis de retour.
Alors, pour répondre à Guy qui me soupçonne de faire mon Georges Marchais, je me fends d’un article plus politique. Mais il me semblait avoir été clair.
D’une part, comme je le précise dans le précédent, je ne peux porter un jugement impartial sur la Tunisie, d'abord parce que j’y suis invité, d’une certaine manière et d’autres part parce que je ne loge pas chez l’habitant.
Alors, j’évite d’être de ceux qui, à peine sortis d’un repas chez des amis, s’empressent de dire que c’était chiant, que la bouffe était dégueulasse, qu’elle a grossi et que lui est toujours aussi con.
Par ailleurs, ce que j’ai pu voir, c’est des gens qui ont voté pour le seul candidat possible aujourd’hui. Ça ne veut pas dire que c’est un ange, un juste, un parfait. Chaque pays à son histoire. On sait que les islamistes ont été violemment réprimés par le régime. Visiblement, le choix du pays est de s’engouffrer dans un développement économique à l’occidentale. Une importante classe moyenne est en train de se développer. Ça construit partout. Le tourisme est devenu une industrie florissante (aux effets dévastateurs, certes, mais je parle des choix).
La première chose que m’a surpris en tournant dans la partie coloniale de Tunis, c’est de voir à quel point rien n’avait changé et comment tout était réinvestit en imitation des français. La bourgeoisie locale a les mêmes habitudes, la même apparence que la nôtre. Je suis allé à Carrefour, je vous l’avais raconté. Je me croyais à Bordeaux.
On a donc l’impression qu’on accepte tout pourvu que chacun en profite. Il est vrai aussi que les différences entre très riches et très pauvres est très visible. Mais selon que tu achète quelque chose dans un centre de vacances ou en banlieue, les prix varient de 10 fois. On le sait.
Mais, ayant connu l’Espagne franquiste, par exemple, on est étonné de ne pas entendre de sirène de police, de ne pas sentir de présence militaire. Les seuls flics que l’on voit sont aux intersections, sifflet en bouche. On ne sent pas le poids d’un pouvoir agressif, menaçant que j’ai pu sentir très fortement dans d’autres pays d’Afrique. Je vous assure que quand on arrive à Paris, en contraste, on se demande de quelle démocratie il s’agit. À Orly, j’ai même vu un contrôle policier dans les couloirs qui vont de l’avion aux guichets. Bonjour l’accueil !
Alors oui, la presse est totalement asservie au pouvoir. L’image du Président, telle qu’on la voit partout, la main sur le cœur, le visage figé dans un sourire supérieur et bienveillant est forcément ridicule pour notre culture. Mais regardez bien le journal télévisé et comptez le nombre de fois que vous voyez apparaître la trombine de Sarko, à la mode de chez nous. Vous seriez peut-être surpris.
En tout cas, de ce que j’en ai vu, la Tunisie ne ressemble pas à a caricature que l’on aurait tendance à en faire avec nos réflexes de prêt à penser. Regardez la France en prenant le regard d’un étranger et vous verrez.
En fait, ce que j’ai retrouvé de plus déplaisant, c’est les relents de domination française. J’ai fait 500 kilomètres sans qu’on me demande un papier. T’as oublié ton permis ? T’inquiète, les blancs ne se font jamais contrôler. Je vais dire à un Tunisien en France, t’inquiète, les Arabes ne se font jamais contrôler !
Après, je ne suis pas journaliste, je n’ai pas rencontré d’opposants. C’est sans doute parce qu’ils sont tous emprisonnés. Si quelqu’un a des infos, n’hésitez pas !
Dimanche 25 octobre 2009
Aéroport Orly Sud. Retard annoncé : 1:30. On est raccord.
Le séjour parisien fût bref. Je repars pour dire à Morvan : Qu’est-ce que tu fous là ?! Après, il faudra attendre mercredi pour une bonne séquence avec Meldja. Mardi et mercredi, je me demanderai si je vais faire un tour à Tunis, si je retourne à Sidi Bousaïd ou encore Carthage dont je commence à avoir fait le tour.
J’avais acheté une vraie fausse pièce antique à un marchand dont le bric à brac est installé face à l’entrée du site « villas romaines ». Mais si, mais si, elle est vraie ! Mais non, elle est fausse, ça se voit à la tranche. J’ai une vraie pièce romaine. Elle est naturellement beaucoup plus usée et les vraies n’ont pas une tranche épaisse comme un euro, monsieur. Il n’a pas résisté longtemps et à consenti à me la vendre comme souvenir, au prix d’un souvenir.
J’ai regardé les représentations gravées de part et d’autre de la pièce, histoire de voir s’ils avaient moulé le recto et verso d’une seule pièce ou s’ils avaient fait un mix. Je voulais voir aussi si cette pièce était courante. Rien de tel pour de telles enquêtes d’aller chercher sur Google images. Hé bien j’y ai retrouvé les représentations figurant sur ma pièce. Et effectivement, sur deux pièces différentes. Sur l’une, on y voyait Énée transportant la statue du Palladium et sur l’autre, un éléphant pouvant évoquer l’épisode de ce fier Carthaginois, Annibal, qui était allé braver César jusque dans les Alpes, avec des éléphants.
Profitant de ces éléments, je suis allé fouiner plus loin, histoire de trouver quelques éléments supplémentaires de cette histoire antique. Occasion de constater que rien n’a changé au fil des millénaires. Les phéniciens qui font commerce, colonisent, créent des comptoirs. Les grecs qui en font autant. Puis les Romains. Et on se fait la guerre pour défendre des zones d’influence commerciale. Les guerres ont toujours été affaire de pognon. On le savait mais c’est amusant de voir les cartes, les enjeux. On retrouve les actus d’aujourd’hui.
Pour Carthage, l’histoire a mal fini. Les romains, furieux d’avoir essuyé une défaite, on déclanché la fameuse guerre punique. Et Carthage a été encerclée, attaquée, sa population massacrée, ses maisons rasées, ses bateaux rassemblés devant la ville et brûlés, du sel répandu sur le sol afin de le rendre incultivable à jamais. En un incendie de la ville qui durera 17 jours, Carthage et les Carthaginois disparaissent. Les romains déclareront la zone maudit. Les villes se développeront plus loin. L’horreur n’a pas d’âge. Voilà qui explique l’étonnante conservation et la richesse des ruines sorties de terre. Et l’étrange atmosphère qui s’en dégage.
Aujourd’hui, Carthage est un ensemble muré composé d’ambassades, du Palais Présidentiel, des résidences marbrées de la haute.
Au moins, ça fera un article d’ici mon retour, vendredi. À moins que je me prenne de patience et accepte de passer trois heures pour envoyer un papier depuis là-bas. Le plus probable c’est que j’écrive sur place et poste à mon retour.
Vendredi 23 octobre 2009
À minuit et demi, une assistante s’approche. Je suis arrivé sur le plateau, avec ma moustache et mon chapeau, tel Zorro pour voir Pigalle de nuit. Je sais, c’est étrange en Tunisie. Heu, comment dire, on a pris beaucoup de retard sur la première séquence. Il est probable qu’on annule le tienne.
Ça voudrait dire que je suis resté quatre jours pour rien, c’est ça ? C’est pas grave. J’en ai profité pour bosser et me reposer ! Au moment où nous remontons aux loges, avec mon collègue Morvan, afin de troquer nos chapeaux pour des tenues de ville, le deuxième assistant surgit, talky en main. Ne vous changez pas, il y a contrordre. Vous allez tourner !
Ben voilà, c’est tout ce qu’on attendait. Et on a tourné. Et ça s’est bien passé, au pas de courses de flics en descente.
Voici quelques mots de ma semaine sans haut débit...
Samedi 17 octobre 2009
Jour de repos hier. Beaucoup de glandouille dans mon complexe hôtelier, temps gris et frais avec des averses. J’ai tout de même réussi à trouver un créneau pour aller faire une rapide escapade dans les ruines de Carthage puis à Sidi Bousaïd, village blanc surplombant la mer, où les femmes s’appellent gazelles et les babouches sont climatisées. Les mêmes blagues que l’on sert au touriste que l’on tente de faire entrer dans sa boutique où tout est en toc.
J’étais en compagnie d’une actrice de l’équipe, pour cette balade. Je vous vois venir, avec vos fantasmes. Les acteurs, le cinoche, loin de tout, la grande famille… Je pouvais subir les troubles induits par ces croyances quand j’ai tourné dans mon premier court-métrage, il y a plus de vingt ans. Aujourd’hui, je reste de marbre face à ces lieux communs.
Samedi 17 octobre 2009 (suite)
En début d’après-midi, nous avons eu le privilège de voir dix minutes du montage de Hors la Loi (qui a commencé dès les premiers jours du tournage). Vu sur un écran d’ordinateur, avec un son monté de façon basique, avec un minimum d’ambiances, sans musique. Nous sommes directement entrés dans le film, oubliant que c’était nous qui jouions, avec frissons et larme à l’œil. À cette étape, je n’ai jamais rien vu de pareil. Un vrai gros et beau film est en train de se dessiner. Un de ceux qui restent longtemps en bonne place dans les dévédéthèques.
Indigènes, c’était déjà du cinéma. Les millions de spectateurs ne me diront pas le contraire. Hors la loi aura la force d’une image remarquable, d’une interprétation exemplaire et d’un scénario extrêmement riche. On a du mal à imaginer comment le film pourrait être raté. J’en fais un peu trop ? Ben non. Désolé de ces débordements d’enthousiasme.
Nous avons enchaîné avec le tournage d’une séquence sous pluie artificielle. De quoi nous calmer et nous ramener au concret du turbin qu’il nous reste encore à accomplir.
Lundi 19 octobre 2009
Je vous avais promis de longs textes mais, comme je suis de repos, on ne peut pas dire que j’ai grand chose à raconter. On s’est retrouvés hier soir au dîner avec un de mes collègues. Qu’est-ce que t’as fait, toi, aujourd’hui ? J’ai bossé à mon projet de docu, ai-je menti. Lui, beaucoup plus franc, m’a dit qu’il s’était fait chier comme un rat mort. Un centre de vacances, hors saison, sous la grisaille, ça a quelque chose de Biarritz en novembre. Quand on y passe on se dit que c’est beau. Quand on y reste on se demande quand ça ouvre.
Allez, je vais arrêter la procrastination et essayer d’écrire un peu. À moins que je me refasse Carthage tout seul, histoire de prendre le temps (et de l’occuper). L’autre fois, on avait fait ça au pas de course. Tout le monde n’aime pas les vieilles pierres.
À midi j’ai déjeuné avec le comédien qui joue le curé et la comédienne qui joue la mère maquerelle. Très plaisant de voir l’enthousiasme candide de ceux qui déboulent sur un Bouchareb. Je ne dis pas que je n’en ai plus, ni que je suis blasé. Je sais simplement comment ça se passe et comment ça va se passer. Il me tarde juste la sortie du film. Et là, si t’es excité comme une puce, c’est long, long, long.
Mercredi 21 octobre 2009
Jean le producteur m’avait dit, pas de souci pour tes jours off, tu auras un chauffeur pour te balader le jour de ton choix. Ok, ça sera lundi. Lundi, 10h, le chauffeur n’est pas là. Bon… C’est pas grave. De toute façon il ne fait pas beau. Je traîne tout de même à plusieurs reprises dans le hall et finis par croiser le bonhomme.
Pas de broblème. Aujourd’hui, c’est pas possible mais demain, c’est calé avec la régie. Demain 10 heures ! Mais non, laisse tomber, je prendrai un taxi. Non, non, je viens demain à 10 heures. Pas de problème.
Pas de problème, pas de problème… Le lendemain, dès 9:55, je suis en bas, guettant le chauffeur. 10:20, il n’est toujours pas là. Ok… L’occasion est merveilleuse pour me mettre à travailler sérieusement à mon dossier. Et, en effet, j’ai bossé toute la journée, jusqu’à minuit. Et bien bossé, en plus. J’ai rendez-vous vendredi avec mes productrices et le texte est parti tout à l’heure.
Le chauffeur a quand même eu le culot le me faire apporter un mot par la réception « Monsieur, un chauffeur de votre société est venu vous chercher à 10:00 puis à 13:00 sans vous trouver ni pouvoir vous joindre ».
Ce soir, on vient me chercher à 23 heures pour le tournage de deux débuts de séquence. On tourne jusqu’au milieu de la nuit.